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Message par TSOS » jeu. 19 mai 2011, 21:14

Bonjour à tous, une recherche n'ayant rien donné de concluant, je m'adresse donc directement à vous tous avec la question ci-après:

Pourquoi certains mots en ancien/moyen français se terminaient-ils par "-ez", au pluriel, par exemple, pour transcrire le son "é" ou alors celui de "è" (je ne sais pas lequel était le bon, ou si les deux étaient d'usage)?

En fait, pour être plus clair, je vais tout simplement vous demander de m'éclairer sur ce suffixe des mots français passés (dans des pluriels) et présents (chez, nez), en m'indiquant s'il vous plaît ce que vous en savez, son origine, et la raison de l'arrêt de son utilisation massive.

J'espère que se trouvera parmi vous une personne à même de satisfaire ma curiosité, car cette interrogation me turlupine depuis quelques jours déjà... :roll:

Merci d'avance!

Desiderius

Message par Desiderius » ven. 20 mai 2011, 0:13

Le "z" dans ce cas est une ligature qui note le "ts". Ce digramme intervient à l'évidence dans la conjugaison française héritée du latin, à la 2e personne du pluriel, ou dans quelques mots comme "assez", etc.

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Message par TSOS » ven. 20 mai 2011, 1:16

Ah?
A-t-on donc "nets" et "assets "pour nez et assez, alors? Je suis stupéfait! Et je dois vraiment me pencher davantage sur ce sujet...

Desiderius

Message par Desiderius » ven. 20 mai 2011, 8:36

J'ai donné rapidement hier le cadre d'ensemble : au Moyen-Âge, ts (et -ds) s'est écrit par la ligature z, ce qui explique les conjugaisons à la 2e personne du pluriel : la finale -atis du latin est devenue -ets et s'est écrite -ez.
De même, le latin adsatis a donné adsates, asats, asets, et donc asez ou assez.
Voir ici.

Quand le pli fut ainsi pris de donner le son "é" à la graphie "ez", on a plus tard aussi employé cette graphie dans des situations différentes, parfois en alternance avec d'autres graphies comme "es".
C'est le cas de "nez" qui, dérivé de "nasus", s'est d'abord écrit "nes", de "chez", d'abord écrit "ches", de "rez", d'abord "res". On a beaucoup et longtemps utilisé cette graphie "ez" pour noter les pluriels des mots à e fermé : les "bontez" (bontés), et particulièrement les pluriels des participes passés, comme "dediez", "composez" :
Image
Il y a même eu d'autres mots où le "z" s'est ainsi employé de manière diacritique non plus pour des e fermés (é) mais aussi pour des e ouverts (è) : congrez (congrès), decez (décès), fez (faix), marez (marais), niez (niais).

Tous ces "z" diacritiques, très nombreux à un moment, ont été progressivement éliminés sauf dans ces quelques rares mots chez, nez, rez.

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Message par TSOS » ven. 20 mai 2011, 14:17

Merci, Desiderius!
De mon côté, j'ai finalement trouvé un ouvrage - le Thresor de la langue françoise, tant ancienne que moderne, de Jean Nicot, publié en 1604 - où l'on peut lire comme précision sous chés:
"chés, qu'aucuns escrivent chez, à cause de l'ouverture de la voyelle E, est une préposition qui signifie en la maison de"
On apprend donc qu'au XVIème siècle, chez se prononçait avec une voyelle ouverte comme dans très.
Que pensez-vous de ceci? Cela semble confirmer vos dires, je pense!

Desiderius

Message par Desiderius » ven. 20 mai 2011, 15:40

Le Thresor de Nicot est un dictionnaire très utilisé et précieux.
Voici en effet ce qu'il dit à l'entrée chés:
Chés, Qu'aucuns escrivent Chez, à cause de l'ouverte prononciation de la voyele E, est une preposition qui signifie en la maison de, Apud, In aedibus, In domo, comme, Il est chez moy. Est domi, In meis aedibus est, Apud me est. Ainsi quoy que sa signification soit locale, il ne s'applique pourtant à tout lieu, ains seulement aux lieux de manoir, habitation et domicile. L'Espagnol dit Cabe mi.
Il a une entrée développée pour chez.
Quid de la prononciation ? Nous manquons d'enregistrements et devons nous fier à des témoignages divers.
Notons que la prononciation était sûrement loin d'être uniforme. Les nombreuses formes du mot dans les textes anciens en témoignent. Voyez ici.
Jusqu'à une époque avancée, les dictionnaires et les grammaires ont mis en garde contre des prononciations telles que "cheu" qu'on peut encore entendre dans certaines campagnes françaises.
En tout cas, Nicot indique effectivement un "e" ouvert.
Mais tout le monde n'est pas de cet avis. Un demi-siècle plus tard, Laurent Chifflet dans son Essay d'une parfaite grammaire de la langue françoise de 1659 indique :
Tous les noms terminez en ez, soit noms, ou verbes, ou autres, ont cet é final masculin : comme aimez, beautez, nez, vous parlez, vous parliez , &c. Ne prononcez jamais cheuz au lieu de chez : comme cheuz moy ; au lieu de , chez moy.
Voir cette édition ultérieure, page 211. Lire aussi le §22, page 246.
Même son de cloche chez Jean Hindret dans son Art de bien prononcer et de bien parler la langue françoise, dans le chapitre sur le "e" masculin, dont on peut consulter diverses éditions dans Google Livres.

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Message par TSOS » ven. 20 mai 2011, 15:55

Votre citation est bien plus précise que la mienne; et cet Essay d'une parfaite grammaire de la langue françoise passionnant!

Soyez remercié doublement, Desiderius! :D

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