Plus que jamais d'actualité

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Jacques
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Message par Jacques » mar. 21 mai 2013, 9:31

Je reproduis ici quelques brefs passages du discours prononcé par M. Alain DECAUX le 16 octobre 2001, lors de la séance publique des cinq académies, au Palais de l’Institut.
Jacques


Ce cri d’alarme, nous l’entendons chaque jour et partout : le français perd sa place dans le monde ! Le français est en déclin !
L’anglo-américain gagne du terrain dans l’économie, la publicité, la recherche, les services publics, l’armée, l’enseignement, les institutions internationales. Que les conseils d’administration de firmes françaises, dont les membres sont tous français, siègent en n’utilisant que l’anglais ne peut se soutenir par aucun argument. Que la correspondance d’entreprises françaises soit rédigée exclusivement en anglais ne s’explique pas davantage. Que des congrès ou colloques, réunissant essentiellement des Français, se tiennent en anglais sur notre territoire choque même des étrangers.
Le français est une des langues de travail de l’ONU mais 90 % des documents y sont rédigés en anglais. Le français se trouvera-t-il un jour dans la situation de ces langues indiennes d’Amérique dont Chateaubriand disait que seuls les vieux perroquets de l’Orénoque en avaient gardé le souvenir ?
Il faut relire Claude Hagège qui estime que les 5 000 langues parlées dans le monde ne seront bientôt plus que 500. Face à l’anglo-américain, ajoute-t-il, « il faut réagir sans complexe ».
Voilà ce que nous demandons au XXIe siècle : réagir. Et d’abord par un retour à la pureté du français. Retrouvons l’usage de ce que nos instituteurs appelaient le « bon français ». Débarrassons le des scories accumulées et de ce charabia que nous devons malheureusement à certains pédagogues. Ce que nous imposera le XXIe siècle, c’est l’intégration de verbes, de substantifs et d’adjectifs nés du nouvel argot : le verlan. Ainsi trouve-t-on déjà, dans le Petit Robert comme le Petit Larousse, le mot « ripou », verlan de pourri. Ainsi en sera-t-il des mots « beur » et « meuf » auxquels, d’ores et déjà, les lexicographes ont accordé le droit de cité.
Le XXIe siècle verra s’accélérer un certain nombre de tendances. Nous allons de plus en plus accentuer le e muet, jusques et y compris quand il n’existe pas : chaque jour, nous entendons déjà parler du « matcheu » qui oppose telle ou telle équipe. Les liaisons, déjà en perdition, risquent de se réduire à rien. Il faudra aussi que l’on se mette dans la tête que nous disposons d’un atout que n’ont pas les autres. Cet atout, c’est la francophonie.
Il faut que l’on comprenne que la survie du français n’est pas seulement un sujet de colloque où se côtoient quelques linguistes et quelques acharnés. Il faut l’élever au rang de cause nationale. Le français est la langue maternelle de cent trente millions de gens et quatre-vingts millions l’apprennent. La France n’a pas le droit de décevoir la foi de tous ces francophones qui l’ont affirmée sur cinq continents. Si la France restait désabusée, si elle conduisait ses amis à douter d’elle, savez-vous ce que l’on verrait dans cinquante ans ? Les représentants d’une Francophonie en délire délibéreraient toujours. Mais on ne trouverait plus personne pour y parler français.
Il n’est pas trop tard, mais il faut faire vite.

Alain DECAUX
de l’Académie française
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André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mar. 21 mai 2013, 15:17

Douze ans déjà ! Tout est tellement vrai, le risque est si fort, le défaut de la conscience de celui-ci est si manifeste !
Mais je l’ai dit sur un autre fil : mettre sur le même plan, ou en donner l’impression, un E prononcé à la fin de « match » et le fait que la correspondance d’entreprises françaises soit rédigée en anglais me stupéfie. Il nous faut absolument aller à l’essentiel, ne pas tout mélanger. Il y a des déviations fautives de la langue française qui se seraient produites sans la prédominance de l’anglais, elles sont sans rapport de gravité avec la colonisation linguistique à laquelle nous assistons.

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Jacques
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Message par Jacques » mar. 21 mai 2013, 15:57

Je n'ai donné que des extraits, je ne sais plus d'où je les tiens, mais le texte complet devait faire un inventaire progressif ne donnant pas cette impression de mélange.
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AliceAlasmartise.
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Message par AliceAlasmartise. » mar. 21 mai 2013, 19:52

Edition, deuxième du nom (message vraisemblablement timide) :
Je l'avais déjà lu il me semble, et je viens de le retrouver sur le site de l’Académie française : http://www.academie-francaise.fr/laveni ... -academies

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Jacques
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Message par Jacques » mar. 21 mai 2013, 20:45

C'est étrange Alice, votre message n'apparaît pas sur le forum, le cadre est vide. Pourtant, quand on édite il se révèle. J'ai essayé de faire un copier/coller et il disparaît.
J'édite, j'ai trouvé : votre lien était mal rédigé. Il faut juste le coller dans le message, sans les « url ».
Merci d'avoir trouvé le discours. J'invite les personnes courageuses à le lire en intégralité.
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