Langues mortes et langues anciennes

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Jacques
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Langues mortes et langues anciennes

Message par Jacques » mer. 18 juin 2014, 9:37

Entre langues anciennes et langues mortes il règne une certaine confusion de vocabulaire. Le latin, par exemple, pour en citer une qui nous concerne directement, est parfois appelé langue morte, selon ce critère qu’il n’est plus utilisé par aucune communauté humaine pour communiquer. La logique veut donc que, s’il n’est plus vivant c’est qu’il est mort. Il est surprenant de lire sur un site Internet que les langues mortes seraient celles qui n’ont pas été déchiffrées (ou plus précisément décryptées puisqu’on en ignore les clefs).
Pour Jacques Capelovici les langues mortes sont celles qui n’ont pas laissé de descendance ; par exemple le gaulois (en fait les divers dialectes regroupés sous cette appellation générale), et l’égyptien ancien, et il qualifiait d’anciennes des langues mères ayant engendré divers dialectes encore bien vivants. Le latin, pour y revenir, a donné naissance à l’italien, au roumain,
à l’espagnol, au portugais, au français, au corse, au catalan, au franco-provençal… Les langues anciennes de nos jours oubliées, mais ayant donné celles qui se pratiquent en Europe, sont, si ma mémoire est bonne : le celtique, le germanique, le slave, l’hellénique, le latin. Toutes dérivées du mythique indo-européen, les six langues non indo-européennes de notre continent étant le lapon, l’estonien, le hongrois et le finnois toutes quatre du groupe finno-ougrien, le turc du groupe altaïque, et le basque d’origine inconnue.
Pour ma commodité personnelle, devant le flou des différents points de vue, j’ai décidé d’adopter cette distinction établie par
« maître Capelo ».
Nous avons ici des professeurs de langues, et un amateur qui se passionne pour l’histoire du français, sympathisant des langues vernaculaires. J’aimerais savoir ce qu’en pensent les uns et les autres.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mer. 18 juin 2014, 13:19

Sans avoir beaucoup réfléchi au sens précis de l'adjectif mort en cette circonstance, j'ai toujours entendu parler et parlé du latin comme d'une langue morte. Distinguer entre langues anciennes et langues mortes me paraît en toute hypothèse un peu artificiel : peut-on être certain qu'une langue parlée en des temps reculés n'a laissé aucune trace sur d'autres postérieures ? Cela me paraît quasiment impossible. On sait qu'il existe des mots d'origine gauloise en français, des filiations du gaulois vers le breton sont probables.
Considérer comme mortes des langues non décryptées (plus exactement : dont l'écriture n'a pas été décryptée) n'a guère de sens : leurs évolutions, leurs influences sur d'autres langues, leurs transformations jusqu'à des états justifiant la prise en considération de nouvelles langues sont sans rapport avec le fait qu'elles aient disposé d'une écriture et que celle-ci puisse être lue aujourd'hui. Les parlers humains ont évolué pendant des millénaires avant l'invention de l'écriture.
Dernière modification par André (G., R.) le mer. 18 juin 2014, 14:08, modifié 1 fois.

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Jacques
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Message par Jacques » mer. 18 juin 2014, 13:47

Voilà un avis intéressant. La notion de survie est sujet de discussion dans le cas des langues, est-elle attachée à une descendance ou à l'idée d'une cessation de pratique ? C'est bien la question que je voulais justement soulever.
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Message par Jacques-André-Albert » mer. 18 juin 2014, 13:58

Je rejoins André dans son analyse. Peut-on parler du latin comme d'une langue morte, alors qu'elle a évolué pour donner l'italien, qu'elle est la langue officielle du Vatican et que certains sites Internet l'utilisent à l'exclusion de toute autre pour rapporter les actualités ?
Une langue, dans l'antiquité, n'est pas une réalité figée : j'ai appris, à l'université, que le latin que nous apprenons correspond à peu près à l'époque de Cicéron, alors que les auteurs antiques eux-mêmes témoignent des évolutions de leur langue.
Il est vrai que certaines langues cessent brutalement d'être parlées, et c'est le cas du breton, même si quelques milliers de personnes de plus de soixante ans l'utilisent toujours, et qu'autant de personnes plus jeunes tentent de la maintenir en vie. Il est vrai aussi qu'une disparition de ce type ne laisse que des traces dans la langue qui a pris la suite.
Quant aux langues anciennes, il faudrait peut-être parler d'états anciens de ces langues, dont on peut trouver des traces écrites.
La question, en tout cas, mérite d'être posée.
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Message par Islwyn » mer. 18 juin 2014, 14:21

Jacques-André-Albert a écrit :Peut-on parler du latin comme d'une langue morte, alors qu'elle a évolué pour donner l'italien, qu'elle est la langue officielle du Vatican et que certains sites Internet l'utilisent à l'exclusion de toute autre pour rapporter les actualités ?
C'est vrai, mais le latin proprement dit, figé par les humanistes du XVIe siècle sous la forme que l'on connaît et que l'on apprend de nos jours, n'évolue plus (sauf pour certains ajouts lexicaux plus ou moins heureux). On peut en dire autant du grec ancien, mais l'hébreu, resuscité après 1945, lui il continue d'évoluer.
Quantum mutatus ab illo

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Jacques
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Message par Jacques » mer. 18 juin 2014, 14:45

En écrivant mon sujet, je pensais justement à l'hébreu, langue morte ressuscitée, redevenue vivante grâce à la volonté des pionniers sionistes.
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Message par Shadock90 » mer. 18 juin 2014, 19:15

Islwyn a écrit :C'est vrai, mais le latin proprement dit, figé par les humanistes du XVIe siècle sous la forme que l'on connaît et que l'on apprend de nos jours, n'évolue plus (sauf pour certains ajouts lexicaux plus ou moins heureux).
Le latin continue effectivement à s'adapter à l'évolution de la société.

Exemple : non a te quaero utrum avia tua birota utatur

Ce en quoi chacun aura reconnu la réplique (d'où vient-elle, d'ailleurs ?) "Je ne te demande pas si ta grand-mère fait du vélo."

La birota en question était d'ailleurs plutôt un genre de sulky, le mot existait donc, mais j'adore cette plaisanterie.

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » jeu. 19 juin 2014, 9:12

Jacques-André-Albert a écrit : certaines langues cessent brutalement d'être parlées, et c'est le cas du breton, même si quelques milliers de personnes de plus de soixante ans l'utilisent toujours, et qu'autant de personnes plus jeunes tentent de la maintenir en vie.
J'imagine mal cette fin brutale du breton et sa date : j'ai au contraire le sentiment que cette langue évolue lentement et sans à-coups vers ce qui pourrait malheureusement être sa disparition. À moins que les cent-quatre-vingt-mille personnes qui la parlent encore naturellement, selon Hervé LOSSECH, locuteur natif lui-même et spécialiste de cette langue, fassent un gros effort de transmission et de promotion.

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