Amphibologies

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André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mar. 08 nov. 2016, 21:33

Je ne pense pas que toute ambiguïté soit une amphibologie. Seul peut certes signifier de manière autonome ou sans compagnie, mais ces deux sens ne sont pas forcément éloignés l'un de l'autre : si l'enfant mange sans compagnie, il le fera aussi de manière autonome ! Je crois qu'une différence nette, une opposition, voire une contradiction entre deux interprétations sont nécessaires pour que l'amphibologie soit établie, comme dans J'ai mangé avec mon voisin en robe de chambre. Si la robe de chambre est celle du voisin, elle ne me concerne pas, et inversement, à la différence de la solitude qui, si elle marque l'absence de compagnie n'en a pas moins la connotation d'autonomie dans votre exemple.

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Astragal
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Message par Astragal » mer. 09 nov. 2016, 1:36

Je voyais bien que vos exemples étaient différents des miens, mais je n'arrivais pas à comprendre en quoi. J'ai donc fait quelques recherches et je pense que j'arrive un peu mieux à cerner la nuance. D'après ce que j'ai trouvé sur la Toile, une amphibologie (ou amphibolie) serait causée par une construction grammaticale ambigüe*, ce qui n'était peut-être pas le cas dans mes exemples.

Dans « J'ai mangé avec mon voisin en robe de chambre. », je suppose que si l'on reformule la phrase différemment ou si l'on ajoute une (ou deux ?) virgule, l'amphibologie disparait :
J'ai mangé (avec) mon voisin, en robe de chambre.
J'ai mangé en robe de chambre (avec) mon voisin.


* ambiguë pour ceux qui préfèrent.
C’est très bien. J’aurai tout manqué, même ma mort. (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac)

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mer. 09 nov. 2016, 8:38

Oui, la grammaire joue son rôle dans l'affaire ! Dans « personne ne croit ce député malhonnête », l'adjectif « malhonnête » est épithète du substantif « député » si l'on considère comme acquise la malhonnêteté du député ; il est attribut du COD « ce député » si l'on veut insister au contraire sur l'honnêteté de l'homme. Dans « je mange seul », l'adjectif est attribut du sujet « je » et ses nuances de sens n'influent en rien sur cette fonction.
Pourquoi mettez-vous « avec » entre parenthèses ?

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Astragal
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Message par Astragal » mer. 09 nov. 2016, 13:36

Vous aviez mis « tout » entre parenthèses dans : « Habille-toi (tout) seul ! », peut-être pour signaler qu'il est facultatif. Donc j'ai fait de même avec « avec ». Sans « avec », la phrase a également un sens, surtout si j'ai une faim de loup...
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André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mer. 09 nov. 2016, 14:58

Vous avez de l'humour !
Les parenthèses pour « tout » avant « seul » signifiaient que « tout » ne jouait aucun rôle en rapport avec l'amphibologie éventuelle, je souhaitais simplifier. Je n'aurais jamais imaginé que vous mangiez votre voisin ! À vrai dire, si on allait jusqu'à cette extrémité, je ne suis pas sûr qu'on exprimerait cela sous la forme « J'ai mangé en robe de chambre mon voisin ».

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Yeva Agetuya
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Message par Yeva Agetuya » lun. 15 mai 2017, 21:14

Ambiguïté entre le sens actif et le sens passif d'un verbe :

J'ai vu tuer cet homme.

Ambiguïté utilisée par Coluche et qui lui a valu d'être viré de RMC :
  • - T'as vu Monte-Carlo ?
    - Non : j'ai vu monter Caroline.

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mar. 16 mai 2017, 9:28

Sans vouloir critiquer pour critiquer, je trouve bien théorique, Yeva Agetuya, l'ambiguïté contenue dans « J'ai vu tuer cet homme ». La première raison en est que, s'il existe certes quelques emplois monovalents de « tuer », comme dans Le chant des partisans (« Tuez vite ! »), la plupart du temps ce verbe s'emploie avec un sujet et un COD (valence 2) et il est de toute manière transitif. La seconde tient à l'ordre des mots : on dirait plutôt « J'ai vu cet homme tuer ». Je ne comprends donc guère que « J'ai vu qu'on tuait cet homme » lorsque je lis « J'ai vu tuer cet homme ».

Il n'en va pas de même pour « J'ai vu monter Caroline », parce que « monter », fréquemment intransitif et monovalent (son angoisse montait), est souvent employé aussi transitivement, comme dans « monter une côte », où il est par conséquent bivalent. C'est sur l'hésitation probable de l'auditeur entre le verbe transitif et le verbe intransitif que jouait Coluche, ainsi, bien sûr, que sur un sens trivial du transitif.

Leclerc92
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Message par Leclerc92 » mar. 16 mai 2017, 9:43

Je ne connaissais pas l'anecdote de Coluche, mais bien avant lui, Annie Cordy avait eu un grand succès en 1969 avec :
Dis t’as vu Monte Carlo ?
Non j’ai vu monter personne

Dans mon innocence, je n'y ai pas vu malice, et je ne suis pas sûr non plus qu'il y avait une réelle intention maligne avec "j'ai vu monter Caroline" que j'aurais, pour ma part, pris au premier degré (c'est le cas de le dire).
Mais sinon, bien entendu, on peut avoir des ambiguïtés. J'ai entendu chanter Valentine peut signifier que quelqu'un a chanté la chanson Valentine, ou que Valentine a chanté. Il est rare que ces ambiguïtés dépassent le cadre des amusettes ; dans la "vraie vie", on a généralement moyen de "désambiguer" si le contexte n'est pas déjà suffisamment explicite.
J'ai entendu chanter "Valentine"
J'ai entendu Valentine chanter.

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Message par Yeva Agetuya » mar. 16 mai 2017, 10:15

André (G., R.) a écrit : Il n'en va pas de même pour « J'ai vu monter Caroline », parce que « monter », fréquemment intransitif et monovalent (son angoisse montait), est souvent employé aussi transitivement, comme dans « monter une côte », où il est par conséquent bivalent. C'est sur l'hésitation probable de l'auditeur entre le verbe transitif et le verbe intransitif que jouait Coluche, ainsi, bien sûr, que sur un sens trivial du transitif.
Pour moi l'utilisation correcte du sens trivial implique d'utiliser "monter" au passif.

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Message par André (G., R.) » mar. 16 mai 2017, 16:39

Coluche citait manifestement la chanteuse, à sa manière. Je tends à penser qu'Annie CORDY ne voyait originellement aucune coquinerie dans « j'ai vu monter personne », tandis que je suis quasiment certain du contraire en ce qui concerne l'humoriste !
Je trouve aussi que le passif convient mieux lorsqu'on a la trivialité à l'esprit. Mais cette voix conduit à une éventuelle nouvelle ambiguïté : « X est montée », « X était montée »... peuvent être aussi d'innocents actifs (passé composé, plus-que-parfait...). Toutefois « fut montée » n'est guère ressenti comme un passé antérieur actif que précédé d'une conjonction de subordination temporelle, et encore...

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Message par Yeva Agetuya » mar. 16 mai 2017, 21:31

André (G., R.) a écrit : Toutefois « fut montée » n'est guère ressenti comme un passé antérieur actif que précédé d'une conjonction de subordination temporelle, et encore...
Pas compris.

Avec le passif, la phrase de Coluche donnerait : J'ai vu Caroline être montée.

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mer. 17 mai 2017, 0:10

Dans « Jean monte au deuxième étage », « monter » est intransitif, aucun passif ne correspond à cette phrase.
Dans « Jean monte la côte », « monter » est transitif et autorise le passif « La côte est montée par Jean ».

Ces phrases deviennent
• à l'imparfait : « Jean montait au deuxième étage », « Jean montait la côte », « La côte était montée par Jean »,
• au passé simple : « Jean monta au deuxième étage », « Jean monta la côte », « La côte fut montée par Jean »,
• au passé composé : « Jean est monté au deuxième étage », « Jean a monté la côte », « La côte a été montée par Jean »,
• au passé antérieur : « Jean fut monté au deuxième étage », « Jean eut monté la côte », « La côte eut été montée par Jean »,
• au plus-que-parfait : « Jean était monté au deuxième étage », « Jean avait monté la côte », « La côte avait été montée par Jean ».

Le passé antérieur « fut monté » du verbe intransitif (à ne pas confondre avec le passé simple passif du verbe transitif, les deux sont en gras ci-dessus) se rencontre surtout dans des phrases comme « Après que Jean fut monté au deuxième étage, on entendit un grand bruit ». « Après que » est une locution conjonctive de subordination temporelle.

Si l'on remplace ci-dessus « la côte » par un prénom féminin, on montre, me semble-t-il, que le sens trivial n'est pas contenu que dans l'infinitif passif « être montée » !
Dernière modification par André (G., R.) le mer. 17 mai 2017, 9:33, modifié 1 fois.

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Message par André (G., R.) » mer. 17 mai 2017, 7:47

Je me dois de revenir sur « et encore... » dans mon avant-dernière intervention. Soit la subordonnée « lorsque Jeanne fut montée au deuxième étage ». On y trouve en principe le verbe intransitif au passé antérieur et le complément circonstanciel de lieu y est directif : il s'agit d'aller au deuxième étage. Mais un esprit particulier peut imaginer que Jeanne est au deuxième étage (locatif) et voir ou faire semblant de voir un passé simple passif dans le verbe...

Évidemment, « être montée » a aussi deux acceptions et deux natures grammaticales. La côte peut être montée (infinitif passif) rapidement par Jeanne, qui, en une autre circonstance, peut se reposer après être montée (infinitif passé) au deuxième étage !

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Yeva Agetuya
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Message par Yeva Agetuya » mer. 24 mai 2017, 20:42

https://www.herodote.net/23_mai_1618-ev ... 180523.php
  • La rencontre au château de Prague tourne au pugilat. Deux gouverneurs détestés du roi, Wilhelm Slavata et Jaroslav Martinic, sont jetés par la fenêtre avec leur domestique Fabricius.

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » jeu. 25 mai 2017, 7:37

Vous voulez peut-être attirer l'attention sur la contradiction entre le pugilat et la défenestration. Or ces deux éléments sont contenus dans deux phrases différentes. Une amphibologie, me semble-t-il, est interne à une phrase, comme dans « J'ai tué un éléphant en pyjama » (Groucho MARX) : dans cet exemple on voit par ailleurs que l'ambiguïté est inhérente à la construction maladroite (parfois volontairement maladroite), quand bien même toute ambiguïté n'est pas amphibologique. Je ne vois rien d'ambigu dans chacune des phrases que vous citez, que je trouve par contre antinomiques, je l'ai dit.
Quoique... Un pugilat ne pourrait-il avoir précédé la défenestration ?

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