Incapable et encore moins...

Leclerc92
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Message par Leclerc92 » mer. 14 févr. 2018, 10:10

Force est de reconnaître que notre besoin d'expressivité nous fait parfois dépasser les limites du raisonnable, mais je ne répèterai jamais assez que, pour moi, la langue française n'est pas et n'a pas à être un modèle de logique et de raison, contrairement à un langage mathématique ou informatique. On trouve très couramment employées des expressions comme "dénuement le plus total, le flou le plus total, le silence le plus total, le secret le plus total, l'indifférence la plus totale, l'incompréhension la plus totale, l'obscurité la plus totale, la confusion la plus totale" qui sont autant de défis au bon sens mais qui donnent plus de chair au discours, moins de sécheresse.

De la même manière, l'expression "le/la plus extrême" est très courante.

Quelques exemples :

-Gabriel regardait le bleu du ciel en mimant le désintérêt le plus total (Queneau, Zazie,1959, p. 134)

-Ma liaison intime avec eux était publique ; je passais pour l'ami de cœur et de confiance la plus totale du duc de Beauvillier, et même du duc de Chevreuse (Saint-Simon)

-Sa présence d'esprit, sa vertu, veillaient dans le péril le plus extrême (Sainte-Beuve, Volupté, t. 2, 1834, p. 133)

-Singulier pays [l'Algérie] qui donne à l'homme qu'il nourrit à la fois sa splendeur et sa misère! La richesse sensuelle dont un homme sensible de ce pays est pourvu, il n'est pas étonnant qu'elle coïncide avec le dénuement le plus extrême. Il n'est pas une vérité qui ne porte avec elle son amertume. (Camus, Noces, 1938, p.49)


Il va de soi qu'il faut se garder d'abuser du procédé, sous peine d'en émousser l'efficacité.

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Perkele
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Message par Perkele » mer. 14 févr. 2018, 13:10

André (G., R.) a écrit :À la radio : On est dans l'aberration la plus totale.
Je cherche ce que pourrait être l'aberration la moins totale...
L'aber ?

:clown: :rire4:
Il faut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mer. 14 févr. 2018, 14:05

:lol:
Je comprends mieux alors pourquoi les Finistériens parlent de l'aber vrac et de l'aber benoît ! On sait rire dans les rias ! :lol:

Leclerc92
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Message par Leclerc92 » mer. 14 févr. 2018, 14:29

En tout cas, le comble de l'aber, c'est l'aber ézina.

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » mer. 14 févr. 2018, 14:42

... que ne manque pas de bénir l'abbé Résina, bien sûr !

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Égalité parfaite

Message par André (G., R.) » mer. 14 févr. 2018, 19:17

On dit d'une personne qu'elle est d'humeur égale. Il n'y a, à ma connaissance, aucun instrument mesurant l'humeur, et je m'en réjouis. On pourrait donc s'attendre à ce que l'égalité de l'humeur soit relativisée. Or je n'ai pas l'impression que ce soit si fréquent : je n'entends guère « égalité parfaite » que dans des domaines, comme les résultats sportifs, où une approche non mathématique de l'égalité n'est pas de mise. Pour trois à trois à la fin d'un match de football, le score est à égalité, pour trois à deux non.
Je lis sur la Toile qu'à la belote, « en cas d'égalité parfaite* au score (Exemple: 81-81), il y a "litige" ». Ma femme, qui a enseigné les mathématiques, manifeste son mécontentement à chaque fois qu'elle entend ou lit cela.
* Mots mis en gras par moi.

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Message par Leclerc92 » mer. 14 févr. 2018, 20:41

Je suis bien d'accord avec vous. Cette égalité parfaite à la belote n'a pas de sens. Il y a égalité ou il n'y a pas égalité.

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Message par André (G., R.) » lun. 05 mars 2018, 13:21

Et la relativisation du sens pourtant absolu de « parfait » continue, on nous annonce la sortie du film Mme Mills, une voisine si parfaite.

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Message par Leclerc92 » mar. 06 mars 2018, 9:48

Cette fois-ci, je ne suis plus d'accord avec vous. "Parfait" n'est pas absolu au point qu'on ne puisse employer "si parfait", sans même parler du célèbre "plus-que-parfait".
D'une part, "si parfaite" est ici un clin d’œil à toute une série de titres de livres, de pièces, de films bien connus : "Un monde si parfait", "Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait", il y en a des centaines, et je ne sais d'ailleurs pas qui a lancé la mode. Des idées ?
D'autre part et surtout, "si parfait" s'est toujours employé normalement : le voici quatre fois dans une seule page de Bossuet et ce n'est qu'un exemple entre des milliers, y compris chez les meilleurs auteurs !

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Message par André (G., R.) » mar. 06 mars 2018, 13:19

Je suis sans doute un peu sévère à propos d'« une voisine si parfaite ». Ce que vous dites sur les emplois de notre adjectif est incontestable.
Je trouve toutefois qu'il illustre... parfaitement la tendance qu'a notre langue à relativiser le sens de mots qui gagneraient, pour sa clarté, à ne pas subir cette évolution.
Le Larousse semble d'ailleurs rester dans l'absolu à son propos :
1. Qui est sans défaut : Son dîner était parfait. 2. Qui est tel au plus haut degré : Une parfaite harmonie. Un parfait imbécile. 3. Qui a toutes les qualités que l'on en attend : Un hôte parfait.

Le Robert en six volumes est nettement plus nuancé, mais on observe que la première acception attestée exclut une relativisation :
I. Qui est au plus haut, dans l'échelle des valeurs.
1° Qui est tel qu'on ne puisse rien concevoir de meilleur, de supérieur ; qui réunit toutes les qualités imaginables, souhaitables...
Par hyperb. Dont on n'a qu'à se louer...
3° (En emplois comparatifs ou superlatifs). Qui est (plus ou moins) proche de la perfection
*...
4° (Sens absolu). Qui réunit toutes les qualités concevables, dans toutes les choses jugées bonnes...
II. 1° Qui répond exactement, strictement à un concept...
2° (Sens étymol. V. Parfaire). Qui est arrivé au terme de son évolution normale...


* Je me pose la question de savoir comment et pourquoi l'adjectif exprimant cette perfection et apparenté à ce substantif peut en même temps signifier qu'on en est « (plus ou moins) proche ».

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Message par André (G., R.) » jeu. 08 mars 2018, 10:30

Entendu à la télévision à propos du sucre dans les aliments : « Vous n'imaginez pas à quel point il y en a partout ! »

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Message par André (G., R.) » sam. 31 mars 2018, 11:27

Dans un hebdomadaire :
Mais comment a fait le 4e homme le plus riche du monde pour exporter sa fortune, estimée à 58 milliards d'euros, et l'optimiser davantage ?
Il ne me semblait pas que l'on pût relativiser le sens d'optimiser.
Dans le même hebdomadaire :
... tant le résultat est acquis d'avance.
Cela me gêne aussi.

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Message par André (G., R.) » lun. 23 avr. 2018, 7:35

Peut-on être « en partie aveugle », ainsi que je le vois dans mon journal, à propos d'un chien ?

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Message par Leclerc92 » lun. 23 avr. 2018, 8:26

Il y a assurément des degrés dans la cécité mais "en partie" est mal choisi à moins que le contexte ne l'éclaire.

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Message par André (G., R.) » lun. 23 avr. 2018, 9:06

Leclerc92 a écrit :ne l'éclaire.
:lol:

Je pensais qu'on était aveugle... ou qu'on ne l'était pas.
L'article dont je parle ne donne aucun autre renseignement sur la vue du chien.

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