écriture euphonque: exemple1

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claude_ferrandeix
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écriture euphonque: exemple1

Message par claude_ferrandeix » jeu. 07 nov. 2019, 5:52

La théorie c'est bien, mais la pratique c'est mieuxe. Un essai d'écriture euphonique en prose que vous pouvez critiquer:

L'IMMATÉRIALITÉ

"Evguenia demeurait en aporétique. Si par un hasard malheureux, son corps se réduisait un jour au code algorithmique, alors, que deviendraient ses beaux cheveux blonds? Coquetterie féminine ou bien humour détaché, sinon philosophique interrogation? Pouvait-elle imaginer que sa chair fût contenue dans un ordinateur pareil à la Méliade enfermée dans son frêne? Que seraient alors ses mains, son visage et ses bras, ses prunelles? Pourtant, ses mains, ses cheveux représentaient son identité, son ipséité. Pouvait-elle envisager que fût anéantie sa matérialité? Son esprit sans l’incarnation pourrait-il cogiter, ratiociner sous le soleil concret de la réalité?"

André (G., R.)
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par André (G., R.) » jeu. 07 nov. 2019, 8:48

Cher claude_ferrandeix, vous me rassurez. Je craignais que vous m'ayez trouvé sévère sur le fil L'écriture euphonique et n'étais pas loin d'avoir mauvaise conscience, du fait de l'obligation où je m'étais vu de vous indiquer les réactions majoritairement négatives, quoique authentiques, que m'avait inspirées votre exposé.

Sur ce nouveau sujet et sur un tel forum, il me faut vous signaler le i manquant dans le titre et, dans votre première phrase, le e bizarre à la fin de « mieux ».

Votre texte m'instruit. J'apprends que « aporétique » qualifie ce qui a le caractère d'une « aporie », contradiction insoluble qui apparaît dans un raisonnement (Larousse). Et que la Méliade est une nymphe, ce que j'avais plutôt oublié, à vrai dire. Mais « demeurer en aporétique », qui vaut peut-être, à moins que je me trompe, « rester en contradictoire », m'inquiète un peu.
Les règles d'écriture euphonique que vous vous êtes fixées vous conduisent à des tournures comme « philosophique interrogation », dont vous êtes forcément conscient de la bizarrerie.
Pouvait-elle imaginer que sa chair fût contenue dans un ordinateur pareil à la Méliade enfermée dans son frêne ? Cette phrase signifie qu'un ordinateur ressemble à une nymphe : est-ce bien ce que vous avez voulu dire ?
Pouvait-elle envisager que fût anéantie sa matérialité ? me plaît beaucoup.
Bel exercice de style, parfois.
Mais ce n'est que mon avis.

claude_ferrandeix
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par claude_ferrandeix » ven. 08 nov. 2019, 3:27

André (G., R.) a écrit :
jeu. 07 nov. 2019, 8:48
Cher claude_ferrandeix, vous me rassurez. Je craignais que vous m'ayez trouvé sévère sur le fil L'écriture euphonique et n'étais pas loin d'avoir mauvaise conscience, du fait de l'obligation où je m'étais vu de vous indiquer les réactions majoritairement négatives, quoique authentiques, que m'avait inspirées votre exposé.

Sur ce nouveau sujet et sur un tel forum, il me faut vous signaler le i manquant dans le titre et, dans votre première phrase, le e bizarre à la fin de « mieux ».

Votre texte m'instruit. J'apprends que « aporétique » qualifie ce qui a le caractère d'une « aporie », contradiction insoluble qui apparaît dans un raisonnement (Larousse). Et que la Méliade est une nymphe, ce que j'avais plutôt oublié, à vrai dire. Mais « demeurer en aporétique », qui vaut peut-être, à moins que je me trompe, « rester en contradictoire », m'inquiète un peu.
Les règles d'écriture euphonique que vous vous êtes fixées vous conduisent à des tournures comme « philosophique interrogation », dont vous êtes forcément conscient de la bizarrerie.
Pouvait-elle imaginer que sa chair fût contenue dans un ordinateur pareil à la Méliade enfermée dans son frêne ? Cette phrase signifie qu'un ordinateur ressemble à une nymphe : est-ce bien ce que vous avez voulu dire ?
Pouvait-elle envisager que fût anéantie sa matérialité ? me plaît beaucoup.
Bel exercice de style, parfois.
Mais ce n'est que mon avis.
Merci pour vos remarques. Moi qui suis par nature anti-perfectionniste et cultive plutôt le flou (artistique/littéraire), vos principes de rigueur me sont certainement bénéfiques :-)

Concernant "aporétique", c'est l'emploi philosophique du terme en rapport avec la philosophie socratique, (plus précisément la traduction à partir du terme grec correspondant). C'est un état d'indétermination philosophique résultant de contradictions constatées.

La bizarrerie engendrée par les contraintes, c'est ce que j'ai nommé dans la vidéo sur l'euphonie, l'effet oulipien: la création d'effets littéraires par pure obéissance aux contraintes (justifiées ou gratuites). Il faut y voir aussi une inversion qui est propre à la poésie (cette phrase est tirée d'un récit en prose poétique), inversion qui est une longue tradition littéraire remontant aux auteurs grecs de l'Antiquité et qui s'est transmise aux Latins et aux auteurs français.

Quand à la comparaison avec la Méliade, il faut comprendre: "pareil" synonyme de "de même que" (expression que je ne peux pas employer) et donc ne se rapportant pas à "chair". Cela dit, votre remarque me paraît juste et il certainement vaut mieux le rapporter à "chair" et donc écrire "pareille à" en accordant. Et je vais modifier le texte dans ce sens.

André (G., R.)
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par André (G., R.) » ven. 08 nov. 2019, 8:14

Je mets en gras certains de vos mots.
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 3:27
Merci pour vos remarques. Moi qui suis par nature anti-perfectionniste et cultive plutôt le flou (artistique/littéraire), vos principes de rigueur me sont certainement bénéfiques :-)
L'écriture est un outil de communication. La rigueur pour la rigueur serait ridicule. Mais si l'on veut être compris de son lecteur, on évite « euphonque », « un ordinateur pareil à la Méliade »...
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 3:27
Concernant "aporétique", c'est l'emploi philosophique du terme en rapport avec la philosophie socratique, (plus précisément la traduction à partir du terme grec correspondant). C'est un état d'indétermination philosophique résultant de contradictions constatées.
... et « demeurer en aporétique » !
Non, « aporétique » n'est pas un état, l'adjectif qualifie l'état, lui-même désigné par le substantif aporie. Autre exemple : d'une nouvelle très inattendue, on reste (on demeure), à l'extrême rigueur (!), « en étonnement », on en reste étonné, tout simplement, on n'en reste pas « en étonné ».
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 3:27
La bizarrerie engendrée par les contraintes, c'est ce que j'ai nommé dans la vidéo sur l'euphonie, l'effet oulipien: la création d'effets littéraires par pure obéissance aux contraintes (justifiées ou gratuites). Il faut y voir aussi une inversion qui est propre à la poésie (cette phrase est tirée d'un récit en prose poétique), inversion qui est une longue tradition littéraire remontant aux auteurs grecs de l'Antiquité et qui s'est transmise aux Latins et aux auteurs français.
Bon. À propos de « philosophique interrogation », je m'en suis tenu à ce que je ressentais.
On m'aurait demandé il y a trois semaines ce qu'était l'Oulipo, je n'aurais pu répondre que « Je crois bien avoir entendu ce mot quand je faisais mes études », c'est tout. Certains de nos lecteurs, c'était donc mon cas avant que je vous découvre, ignorent éventuellement que l'acronyme vaut « OUvroir de LIttérature POtentielle » et qu'il s'agit d'un atelier de littérature expérimentale datant des années soixante du siècle dernier.
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 3:27
Quand à la comparaison avec la Méliade, il faut comprendre: "pareil" synonyme de "de même que" (expression que je ne peux pas employer) et donc ne se rapportant pas à "chair". Cela dit, votre remarque me paraît juste et il certainement vaut mieux le rapporter à "chair" et donc écrire "pareille à" en accordant. Et je vais modifier le texte dans ce sens.
Si vous ne vous contredites pas étonnamment, ma compréhension est en cause : dans l'hypothèse de « pareil » fautif, pourquoi expliquez-vous « il faut comprendre "pareil" ... ne se rapportant pas à "chair" » ? Ou « pareil » se rapporte à « chair » et devient « pareille », ou il qualifie autre chose !
Votre « il certainement vaut mieux » est-il volontaire ?

La Toile est indiscrète... Je pense à votre sommeil.
Dernière modification par André (G., R.) le ven. 08 nov. 2019, 8:49, modifié 1 fois.

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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par Claude » ven. 08 nov. 2019, 8:36

André (G., R.) a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 8:14
[...]
On m'aurait demandé il y a trois semaines ce qu'était l'Oulipo, je n'aurais pu répondre que « Je crois bien avoir entendu ce mot quand je faisais mes études », c'est tout. Certains de nos lecteurs, c'était donc mon cas avant que je vous découvre, ignorent éventuellement que l'acronyme vaut « OUvroir de LIttérature POtentielle » et qu'il s'agit d'un atelier de littérature expérimentale datant des années soixante du siècle dernier.
[...]
L'Oulipo, une idée du fameux Georges Pérec. Il en avait été question en mars 2013 dans le sujet « Friandises de notre langue ».
Donc je le savais, tralalère ! (pour une fois :d )
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par André (G., R.) » ven. 08 nov. 2019, 8:46

Quant à moi : :oops:
En mars 2013, mon arrivée sur FNBL datait de quelques jours !

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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par claude_ferrandeix » ven. 08 nov. 2019, 9:00

Claude a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 8:36
André (G., R.) a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 8:14
[...]
On m'aurait demandé il y a trois semaines ce qu'était l'Oulipo, je n'aurais pu répondre que « Je crois bien avoir entendu ce mot quand je faisais mes études », c'est tout. Certains de nos lecteurs, c'était donc mon cas avant que je vous découvre, ignorent éventuellement que l'acronyme vaut « OUvroir de LIttérature POtentielle » et qu'il s'agit d'un atelier de littérature expérimentale datant des années soixante du siècle dernier.
[...]
L'Oulipo, une idée du fameux Georges Pérec. Il en avait été question en mars 2013 dans le sujet « Friandises de notre langue ».
Donc je le savais, tralalère ! (pour une fois :d )
Le terme d'aporétique possède de multiples signification selon les philosophies. Voir l'article Wikipedia "aporie". Il est dit notamment:

"La pensée aporétique peut chercher à dépasser les contradictions, comme chez Aristote"

Être en aporétique, chez Socrate signifie que la personne est dans l'indétermination, faute de pouvoir dépasser des contradictions qu'elle ne peut résoudre. Je ne vous donne pas la référence exacte que j'ai oubliée, mais cette signification chez Socrate confirme bien celle d'Aristote qui en est très proche (ou l'inverse si vous voulez car Socrate c'est évidemment avant Aristote).

L'oulipo est au départ un pur jeu littéraire, mais il a permis, me semble-t-il, la création de chefs-dœuvres littéraires (La disparition de Perec)

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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par Claude » ven. 08 nov. 2019, 9:13

claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 9:00
[...]
L'oulipo est au départ un pur jeu littéraire, mais il a permis, me semble-t-il, la création de chefs-dœuvres littéraires (La disparition de Perec)
Avez-vous consulté le sujet Friandises de notre langue ?
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par Leclerc92 » ven. 08 nov. 2019, 13:03

André (G., R.) a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 8:14
Non, « aporétique » n'est pas un état, l'adjectif qualifie l'état, lui-même désigné par le substantif aporie.
Mais l'adjectif "aporétique" a lui-même engendré un nom, "l'aporétique", selon une habitude assez fréquente en philosophie. Et évidemment, l'aporétique n'est pas l'aporie.
https://books.google.fr/books?id=V6SUCw ... &q&f=false

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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par André (G., R.) » ven. 08 nov. 2019, 14:43

claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 9:00
Le terme d'aporétique possède de multiples signification selon les philosophies. Voir l'article Wikipedia "aporie". Il est dit notamment:
"La pensée aporétique peut chercher à dépasser les contradictions, comme chez Aristote"
Être en aporétique, chez Socrate signifie que la personne est dans l'indétermination, faute de pouvoir dépasser des contradictions qu'elle ne peut résoudre. Je ne vous donne pas la référence exacte que j'ai oubliée, mais cette signification chez Socrate confirme bien celle d'Aristote qui en est très proche (ou l'inverse si vous voulez car Socrate c'est évidemment avant Aristote).
Merci. C'est intéressant mais difficile. « Être en aporétique » est forcément une traduction. J'aimerais savoir à quoi cela correspond sous la plume, si je puis dire, de Socrate.
Figurez-vous que le Robert en six volumes ignore « aporie » dans son édition originale ! Dans son supplément, il atteste ce nom (Difficulté d'ordre rationnel paraissant sans issue) mais ne connaît toujours pas « aporétique ». Le Larousse de 2016 atteste « aporétique » seulement comme adjectif, à côté du substantif aporie (PHIL. Contradiction insoluble qui apparaît dans un raisonnement).

J'essaie de proposer un texte un peu plus proche, probablement, (un peu !), des habitudes du commun des mortels :

L'IMMATÉRIALITÉ
Evguénia était sceptique. Si, par malheur, son corps se réduisait un jour à un algorithme, que deviendraient ses beaux cheveux blonds ? Sa question relevait-elle de la coquetterie féminine ou d'un humour froid ? À moins qu'elle fût d'ordre philosophique ? Evguénia ne pouvait imaginer que sa chair entrât dans un ordinateur, telle la Méliade dans son frêne. Qu'en serait-il alors de ses bras et de ses mains, de son visage et de ses prunelles ? Tout de même, se disait-elle, mes mains, mes cheveux... me représentent ! Pouvait-elle envisager que fût anéantie sa matérialité ? Cessant d'être incarnée, pourrait-elle encore, pur esprit, penser et raisonner sous le soleil de la réalité tangible ?

Oui, je sais, je vous fais sans doute à peu près l'effet de la postière dans le sketch, qui ne dit peut-être plus rien aux moins de... cinquante ans,
Le télégramme, d'Yves MONTAND et Simone SIGNORET ! J'ai mis en valeur les hiatus que vous fuyez et j'imagine que sur beaucoup d'autres points je ne respecte pas vos prescriptions en matière d'écriture euphonique. Mais, pour le fond, est-ce conforme à votre version ?

Une autre question m'est venue à l'esprit : qui entre dans des considérations philosophiques (aporie, ipséité), l'auteur (vous, je suppose) ou son personnage Evguénia ? Cela m'échappe véritablement.

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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par claude_ferrandeix » ven. 08 nov. 2019, 15:54

André (G., R.) a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 14:43
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 9:00
Le terme d'aporétique possède de multiples signification selon les philosophies. Voir l'article Wikipedia "aporie". Il est dit notamment:
"La pensée aporétique peut chercher à dépasser les contradictions, comme chez Aristote"
Être en aporétique, chez Socrate signifie que la personne est dans l'indétermination, faute de pouvoir dépasser des contradictions qu'elle ne peut résoudre. Je ne vous donne pas la référence exacte que j'ai oubliée, mais cette signification chez Socrate confirme bien celle d'Aristote qui en est très proche (ou l'inverse si vous voulez car Socrate c'est évidemment avant Aristote).
Merci. C'est intéressant mais difficile. « Être en aporétique » est forcément une traduction. J'aimerais savoir à quoi cela correspond sous la plume, si je puis dire, de Socrate.
Figurez-vous que le Robert en six volumes ignore « aporie » dans son édition originale ! Dans son supplément, il atteste ce nom (Difficulté d'ordre rationnel paraissant sans issue) mais ne connaît toujours pas « aporétique ». Le Larousse de 2016 atteste « aporétique » seulement comme adjectif, à côté du substantif aporie (PHIL. Contradiction insoluble qui apparaît dans un raisonnement).

J'essaie de proposer un texte un peu plus proche, probablement, (un peu !), des habitudes du commun des mortels :

L'IMMATÉRIALITÉ
Evguénia était sceptique. Si, par malheur, son corps se réduisait un jour à un algorithme, que deviendraient ses beaux cheveux blonds ? Sa question relevait-elle de la coquetterie féminine ou d'un humour froid ? À moins qu'elle fût d'ordre philosophique ? Evguénia ne pouvait imaginer que sa chair entrât dans un ordinateur, telle la Méliade dans son frêne. Qu'en serait-il alors de ses bras et de ses mains, de son visage et de ses prunelles ? Tout de même, se disait-elle, mes mains, mes cheveux... me représentent ! Pouvait-elle envisager que fût anéantie sa matérialité ? Cessant d'être incarnée, pourrait-elle encore, pur esprit, penser et raisonner sous le soleil de la réalité tangible ?

Oui, je sais, je vous fais sans doute à peu près l'effet de la postière dans le sketch, qui ne dit peut-être plus rien aux moins de... cinquante ans,
Le télégramme, d'Yves MONTAND et Simone SIGNORET ! J'ai mis en valeur les hiatus que vous fuyez et j'imagine que sur beaucoup d'autres points je ne respecte pas vos prescriptions en matière d'écriture euphonique. Mais, pour le fond, est-ce conforme à votre version ?

Une autre question m'est venue à l'esprit : qui entre dans des considérations philosophiques (aporie, ipséité), l'auteur (vous, je suppose) ou son personnage Evguénia ? Cela m'échappe véritablement.
C'est intéressant car cela permet de confronter un texte en écriture euphonique et sa variation en écriture "traditionnelle" ou "dysphonique". À mon avis, les hiatus (hétérovocaliques) que vous avez introduits ne dégradent pas beaucoup l'euphonie, ce sont les cacophonies consonantiques que vous avez ajoutées (volontairement ou non?) qui l'amoindrissent le plus: "humour froid", "telle la", "de dans", "encore pur", "penser et raisonner" (si toutefois vous faites la liaison en r?), "réalité tangible", "il alors". Et aussi des expressions prosaïques "tout de même", des verbes plus pauvres "était"... Cela ne signifie pas forcément que votre version est moins bonne que la mienne, c'est un choix stylistique. Un style brut de décoffrage peut être très bon et véritablement littéraire, à condition qu'il soit bien maîtrisé. Chacun peut apprécier plutôt l'un que l'autre texte en fonction de son goût personnel. Pour juger ces 2 versions, il est certainement nécessaire de les déclamer. Dans votre version, prononceriez-vous le e de encore? À mon avis, il vaudrait mieux l'apocoper. Si j'avais écrit "encore" dans mon texte, je l'aurais écrit "encor" selon la licence des poètes (c'est franchement un peu bizarre de le prononcer) et j'aurais ainsi rétabli la logique entre la prononciation et l'énonciation . Mais, comme me l'a dit un de mes amis grammairien avec lequel je suis en conflit perpétuel: "Vous les poètes, pour les grammairiens, vous êtes des glup". On pourrait s'adonner à une figure de style (je ne sais plus son nom) consistant à retourner la phrase :-)

André (G., R.)
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par André (G., R.) » ven. 08 nov. 2019, 18:13

claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 15:54
C'est intéressant car cela permet de confronter un texte en écriture euphonique et sa variation en écriture "traditionnelle" ou "dysphonique". À mon avis, les hiatus (hétérovocaliques) que vous avez introduits ne dégradent pas beaucoup l'euphonie, ce sont les cacophonies consonantiques que vous avez ajoutées (volontairement ou non?) qui l'amoindrissent le plus: "humour froid", "telle la", "de dans", "encore pur", "penser et raisonner" (si toutefois vous faites la liaison en r?), "réalité tangible", "il alors".
Ce que vous appelez ci-dessus cacophonies relève pour moi de la prose « normale ». Pas question de faire la liaison entre « penser » et « et » ! J'ai donc oublié de mettre en gras ce hiatus, qui ne me procure pas de gêne particulière.
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 15:54
Et aussi des expressions prosaïques "tout de même", des verbes plus pauvres "était"... Cela ne signifie pas forcément que votre version est moins bonne que la mienne, c'est un choix stylistique. Un style brut de décoffrage peut être très bon et véritablement littéraire, à condition qu'il soit bien maîtrisé.
J'ai l'impression qu'on est pour vous dans le « brut de décoffrage », expression méprisante, dès qu'on n'applique pas vos règles !
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 15:54
Chacun peut apprécier plutôt l'un que l'autre texte en fonction de son goût personnel. Pour juger ces 2 versions, il est certainement nécessaire de les déclamer.
Non ! La déclamation est un exercice très rare. La plupart des personnes qui s'expriment par écrit, à quelque niveau que ce soit, sont à cent lieues d'imaginer qu'on déclame leurs textes ! Et, quand bien même les déclamerait-on, les avis des auditeurs sur leur « beauté » intrinsèque divergeraient probablement.
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 15:54
Dans votre version, prononceriez-vous le e de encore ?
Quelle idée ! Presque personne ne le fait ! Je n'ai en aucun cas voulu que mon texte soit vu comme de la poésie ! Je vous ai au contraire demandé si son contenu (le fond) était conforme à celui du vôtre : une langue est un instrument de communication. À deux occasions, depuis votre arrivée, je vous ai signalé que vos phrases n'avaient aucun sens ou n'avaient pas le sens que vous imaginiez : ne serait-il pas temps pour vous de vous questionner sur vos rapports à la langue ? À cet égard, j'ai été perturbé par le péjoratif « ratiociner » : il m'avait semblé auparavant que vous souhaitiez nous rendre Evguénia aimable.
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 15:54
À mon avis, il vaudrait mieux l'apocoper. Si j'avais écrit "encore" dans mon texte, je l'aurais écrit "encor" selon la licence des poètes (c'est franchement un peu bizarre de le prononcer) et j'aurais ainsi rétabli la logique entre la prononciation et l'énonciation.
Comment pouvez-vous à ce point oublier la réalité de la langue ? Des milliers de mots se terminent par un e dit « muet », qui, oralement, ne perd pas si souvent cette caractéristique, mais subsiste graphiquement.

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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par claude_ferrandeix » ven. 08 nov. 2019, 19:41

Le "brut de décoffrage", comme je l'ai dit, peut être un véritable style littéraire, à condition d'être maîtrisé. Donc, rien de méprisant au contraire de ma part. J'apprécie Flaubert, ça ne m'empêche pas d'apprécier le style de Marguerite Duras qui, pour moi, est un des rares auteurs modernes à avoir créé un style. C'est le cas aussi à mon avis de Georges Rosenbach dans Bruges-la-morte. C'est un livre dont on pourrait croire qu'il est stylistiquement mal écrit, pourtant c'est à mon avis cette raucité d'écriture, voire cette inélégance abrupte (pour le coup l'expression brut de décoffrage s'applique bien à lui), qui font sa valeur. Rodenbach, c'est un belge qui écrit le français dans un esprit flamand et n'a sans doute pas nativement la même conception esthétique de la langue que nous.

Pour ma part, je fais de la littérature euphonique, cela ne signifie pas que je ne ferai que cela dans ma vie littéraire. Et même je peux très bien alterner les styles d'un ouvrage à l'autre. Comme je l'ai dit, la prose euphonique c'est surtout pour la prose à tendance poétique, un roman poétique par exemple.

La question du e caduc est délicate. je ne le bannis pas du tout en écriture euphonique appliquée à la poésie car là, il est encadré et ne crée généralement pas de difficulté ni de dysphonie. En écriture euphonique pour la prose, si je le proscris, c'est parce que je ne trouve pas de solution simple pour qu'il apparaisse euphonique. Il n'y a plus la métrique pour l'encadrer, l'interdire en certains lieux du discours.

En fait, ce qui nous oppose, c'est un en grande partie un conflit entre prosateurs et poètes. Le problème de la prose française, c'est qu'elle est indéterminée, vous ne savez pas si vous devez prononcer ou pas tel e caduc, faire ou non telle ou telle liaison. Il faut admettre que c'est un défaut de la langue. L'auteur n'a pas la maîtrise de son texte car il ne peut pas indiquer comment il doit être lu. En poésie classique, la langue devient déterminée, ce qui, à mon avis, hausse sa qualité intrinsèque. Les poètes ont toujours eu (à tort ou raison) cette prétention de recréer une langue plus noble que la langue prosaïque.

La question de l'oralité que vous évoquez se pose à mon avis même pour les textes qui ne sont pas destinés à être lus car on sait que la subvocalisation est le type de lecture le plus répandu.

André (G., R.)
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par André (G., R.) » dim. 10 nov. 2019, 8:59

claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 19:41
En fait, ce qui nous oppose, c'est un en grande partie un conflit entre prosateurs et poètes. Le problème de la prose française, c'est qu'elle est indéterminée, vous ne savez pas si vous devez prononcer ou pas tel e caduc, faire ou non telle ou telle liaison. Il faut admettre que c'est un défaut de la langue.
En aucun cas, je n'admettrai que ce serait un « défaut » de notre langue ! Pourquoi voulez-vous contrarier et régenter cette dernière à ce point ? Vous vous êtes enfermé dans un système étonnant de prescriptions, suppressions et interdictions. Il en résulte des formulations que vous dites poétiques mais dont la poésie, j'en suis désolé, ne me touche guère : c'est d'abord leur manque d'authenticité qui me frappe. Exercice de style, je l'ai dit. Les deux phrases dont je vous ai signalé l'incongruité ne sont pas anecdotiques, à cet égard : vous pouvez être obnubilé par vos prescriptions au point de lire sans broncher le passage tronqué lamentable de Paul DELBOUILLE et de ne pas percevoir la signification réelle de vos mots dans « Pouvait-elle imaginer que sa chair fût contenue dans un ordinateur pareil à la Méliade enfermée dans son frêne ? » À votre place, je réfléchirais aux raisons de ces incidents.

claude_ferrandeix
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Re: écriture euphonque: exemple1

Message par claude_ferrandeix » dim. 10 nov. 2019, 17:09

André (G., R.) a écrit :
dim. 10 nov. 2019, 8:59
claude_ferrandeix a écrit :
ven. 08 nov. 2019, 19:41
En fait, ce qui nous oppose, c'est un en grande partie un conflit entre prosateurs et poètes. Le problème de la prose française, c'est qu'elle est indéterminée, vous ne savez pas si vous devez prononcer ou pas tel e caduc, faire ou non telle ou telle liaison. Il faut admettre que c'est un défaut de la langue.
En aucun cas, je n'admettrai que ce serait un « défaut » de notre langue ! Pourquoi voulez-vous contrarier et régenter cette dernière à ce point ? Vous vous êtes enfermé dans un système étonnant de prescriptions, suppressions et interdictions. Il en résulte des formulations que vous dites poétiques mais dont la poésie, j'en suis désolé, ne me touche guère : c'est d'abord leur manque d'authenticité qui me frappe. Exercice de style, je l'ai dit. Les deux phrases dont je vous ai signalé l'incongruité ne sont pas anecdotiques, à cet égard : vous pouvez être obnubilé par vos prescriptions au point de lire sans broncher le passage tronqué lamentable de Paul DELBOUILLE et de ne pas percevoir la signification réelle de vos mots dans « Pouvait-elle imaginer que sa chair fût contenue dans un ordinateur pareil à la Méliade enfermée dans son frêne ? » À votre place, je réfléchirais aux raisons de ces incidents.
Je vous reporte aux réponses que j'ai déjà fournies à ces arguments. En vous remerciant pour l'intérêt que vous avez accordé à ma théorie de l'écriture euphonique.

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