Français de Suisse

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Jacques
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Français de Suisse

Message par Jacques »

Je possède, entre autres, un livret intitulé « Curiosités de la langue française ». J’y ai recopié le texte ci-dessous, donné comme étant rédigé en français dialectal de Suisse romande. Les citoyens helvètes du forum nous diront peut-être s’il est authentique. Je fournirai la traduction ultérieurement.
N.B. : je donne cet exemple à titre de pure curiosité, sans idée de moquerie ou autre. Chaque région a ses spécificités linguistiques.

Le natel sonne :
– Adieu, c’est Antoine. Je peux venir demain ?
– bien sûr, passe me voir sans autre.
– je prendrai le bogue, la voiture est sur plots
– fais attention aux virolets, la route est dangereuse. Ne va pas t’astiquer
– arrive que plante… Si le jean rosset est de la partie, je profiterai du jardin
– d’accord, mais je vais faire la poutze d’abord, sinon tu vas encore monter les tours
– fais seulement, je promets de ne pas mettre le cheni, ni de pédzer chez toi jusqu’à minuit. Et pas question d’être sur Soleure avant de repartir !
– OK ! Si tu y penses, rapporte-moi un fourre à natel, le mien n’en peut plus, je vais le foutre loin.
– d’accord, j’arriverai contre les trois heures. Je te donne un bec. À la prévoyance !
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Ernest de la Coquecigrue
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Message par Ernest de la Coquecigrue »

Je ne suis pas suisse, mais pour avoir passé un certain temps en Suisse romande, je reconnais deux expressions :

– Le Natel, une marque couramment utilisée comme nom commun par les Suisses pour désigner n'importe quel téléphone portable ;
– Le cheni (ou chenit ou chenil, prononcé chni), du désordre. Je crois que l'expression peut s'entendre dans certaines régions françaises limitrophes : Franche-Comté, Savoie.

Soleure est une ville et un canton, mais je ne comprends pas son utilisation dans ce contexte ; les autres termes me sont parfaitement inconnus.
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Jacques
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Message par Jacques »

Vous donnez déjà un semblant de confirmation du caractère véridique de cette terminologie. Je laisse passer 24 heures avant de fournir les éclaircissements.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
André (G., R.)
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Message par André (G., R.) »

Ce français de Suisse contient des germanismes :
« Sans autre » correspond à « ohne Weiteres », sans autre forme de procès, en toute simplicité, sans façon.
« La poutze » vient de « putzen », nettoyer.
« Fais seulement » renvoie à « Mach ('s) nur ! », où nur, seulement, vaut plutôt « donc » en français de France.
« Foutre loin » me semble bien proche de « wegschmeißen », jeter, mettre au rebut, balancer, se débarrasser de.
« Contre les trois heures » évoque « Gegen drei Uhr », où la préposition « gegen » perd son sens habituel « contre », « envers », « en échange de » pour prendre celui de « vers » (approximation dans le temps).
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Jacques
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Message par Jacques »

Nous progressons. Le français de Suisse romande est donc influencé par l'allemand, comme celui de Belgique montre parfois des flandrismes.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

Adieu pour dire bonjour est employé dans le Périgord, et peut-être ailleurs dans le midi.
Je te donne un bec est utilisé, me semble-t-il, au Québec. C'est l'origine du français familier ou argotique bécot (d'où bécoter).
Quand bien nous pourrions estre sçavans du sçavoir d'autruy, au moins sages ne pouvons nous estre que de nostre propre sagesse.
(Montaigne - Essais, I, 24)
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Jacques
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Message par Jacques »

Donner un bec est aussi utilisé dans certaines régions de France. Peut-être les Ardennes, mais il y a si longtemps que j'y suis allé que je n'en suis pas certain. En Belgique on dit donner une baise.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Ernest de la Coquecigrue
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Message par Ernest de la Coquecigrue »

André (G., R.) a écrit :Ce français de Suisse contient des germanismes :
« Sans autre » correspond à « ohne Weiteres », sans autre forme de procès, en toute simplicité, sans façon.
« La poutze » vient de « putzen », nettoyer.
« Fais seulement » renvoie à « Mach ('s) nur ! », où nur, seulement, vaut plutôt « donc » en français de France.
« Foutre loin » me semble bien proche de « wegschmeißen », jeter, mettre au rebut, balancer, se débarrasser de.
« Contre les trois heures » évoque « Gegen drei Uhr », où la préposition « gegen » perd son sens habituel « contre », « envers », « en échange de » pour prendre celui de « vers » (approximation dans le temps).
Nous avons donc un phénomène d'adstrat. C'est parfaitement logique, quand on y pense.
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Jacques
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Message par Jacques »

Vous m'apprenez un mot nouveau, je ne connaissais pas l'adstrat.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
André (G., R.)
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Message par André (G., R.) »

Ernest de la Coquecigrue a écrit :[Nous avons donc un phénomène d'adstrat. C'est parfaitement logique, quand on y pense.
Merci de m'apprendre cette notion.
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

Dans la même famille, vous avez le substrat (la sous-couche) et le superstrat (la surcouche). On parle habituellement du substrat gaulois en français et du superstrat germanique.
Quand bien nous pourrions estre sçavans du sçavoir d'autruy, au moins sages ne pouvons nous estre que de nostre propre sagesse.
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Jacques
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Message par Jacques »

Je ne savais pas que c'était de la même famille. D'après ce que j'ai lu, les substrats gaulois sont les dialectes sur lesquels se sont greffés les mots latins. On parle aussi de substrat en jardinage pour désigner la couche nourricière dans laquelle sont implantées les racines des végétaux.
Mais je ne saisis pas ce qu'est un superstrat en linguistique.
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

Un superstrat, c'est une couche qui vient s'ajouter à la syntaxe, à) la morphologie et au vocabulaire de la langue considérée, ici le bas-latin. Il est clair que les dialectes germaniques n'ont pas fondamentalement modifié le bas-latin, mais ont induit des prononciations nouvelles (évolution w > g, par exemple) et apporté de nombreux mots.
Quand bien nous pourrions estre sçavans du sçavoir d'autruy, au moins sages ne pouvons nous estre que de nostre propre sagesse.
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Islwyn
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Message par Islwyn »

Le Wikipédia est assez concis à ce sujet :

« En linguistique, un substrat est une langue qui en influence une autre tout en étant supplantée par cette dernière. Il s'agit de l'un des trois rapports possibles d'interférence linguistique (les deux autres étant le superstrat et l'adstrat). Par exemple, le gaulois est un substrat du français. Des Celtes, les Gaulois, vivaient dans l'actuel territoire francophone avant l'arrivée des Romains. Étant donné le prestige culturel, économique et politique que véhiculait le latin, les Gaulois finirent par abandonner leur langue pour adopter le latin. Les Francs adoptèrent cette variante du latin, tout en y incorporant un bagage lexical supplémentaire, faisant du parler franc un superstrat. Cette nouvelle forme évolua dans cette région pour donner le français. Le parler gaulois a disparu mais reste décelable dans quelques mots français (une centaine). Ce substrat lexical, est commun aux langues romanes, à l'exception du roumain. »
Quantum mutatus ab illo
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

C'est assez réducteur de parler de substrat celtique dans les langues romanes autres que le roumain : la réalité se place au niveau des dialectes, et on peut supposer que seuls les dialectes italiens du Nord possèdent un substrat celtique dû aux peuples qui y ont vécu, de même pour l'Espagne. En France, le substrat gaulois est significativement plus présent dans les dialectes, langues du monde rural, que dans le français commun, langue forgée au sein de l'administration royale.
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