Mots dont on découvre la prononciation correcte tardivement

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Leclerc92
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Mots dont on découvre la prononciation correcte tardivement

Message par Leclerc92 » mar. 18 déc. 2018, 11:04

Quand j’étais très petit, il paraît que je disais « gros binet » pour « robinet » et « petit cament » pour « médicament ». Mais je suppose que tous les enfants passent par un stade d’apprentissage analogue, avec un certain nombre de mots déformés.

Il y a aussi des mots qu’on peut mal prononcer jusqu’à l’âge adulte, parce que beaucoup de gens les prononcent mal, comme gageure ou féerie.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de savoir si vous avez des mots que vous avez « mal » prononcés, sans vous en rendre compte, alors que tout le monde ou presque les prononce bien, sans jamais vous rendre compte de la différence entre votre prononciation et la prononciation « normale », parce que cette différence est faible.

Cela peut arriver, et plusieurs fils sur ce forum en ont parlé, pour des mots dans lesquels on a du mal à réaliser ou à distinguer un certain phonème, par exemple entre brun/brin ou agneau/*aniau.

Mais je parle plutôt ici de mots qu’il vous serait tout à fait aisé de prononcer correctement, mais qu’une habitude ancienne, que personne n’a jamais observée ou songé à rectifier, vous fait prononcer légèrement de travers.

Je confesse deux mots ainsi déformés chez moi.

Le premier, c’était (car c’est du passé, quand même) abominable. J’avais toujours prononcé abobinable, et ne l’avais probablement jamais écrit ni lu encore lorsque, en classe de 3e, notre professeur de français articula ce mot très clairement, en faisant ressortir le minable. Je crus d’abord qu’il faisait un mauvais jeu de mot, avant de comprendre que j’avais toujours entendu le mot de travers. J’étais jeune encore et ai réussi à rectifier la prononciation. Mais vous pouvez faire l’expérience et dire l’un pour l’autre, personne n’entendra la différence. Un phonéticien pourrait sûrement nous expliquer qu’en situation, les lettres « m » et « b » ne sont pas si différentes que ça l’une de l’autre.

Le second exemple, nettement plus récent, est le mot « clandestin », que j’ai prononcé jusqu’à très récemment « glandestin ». Là encore, les deux sons sont très proches et je crois que personne n’a jamais entendu la différence. Du reste, comme dans « second » ou « zinc », il arrive que le « c » marque le son « g ». Je n’étais donc pas étonné.

Et vous ?

oliglesias
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Message par oliglesias » mar. 18 déc. 2018, 13:42

Intéressant. On voit bien que tout le monde peut être "coupable" de confusions de phonèmes, surtout quand ils sont si proches comme dans vos exemples.
En ce qui me concerne, je pense à deux mots.
"Et", la conjonction, que je prononce avec un /ɛ/ plutôt qu'un /e/, mais j'ai vu que Littré et même l'Académie en 1835 recommandaient la réalisation "ouverte". Il y a donc une certaine logique à mon erreur.
Dans le même ordre d'idées, j'ai longtemps (et ça m'arrive encore aujourd'hui) prononcé "cahier" également avec une finale ouverte... Prononciation par ailleurs admise par certains.

Le plus drôle, c'est que parmi ceux qui m'ont corrigé, on trouve des personnes qui elles-mêmes ont des prononciations similaires pour certains mots, prononçant notamment l'article "les" avec une voyelle ouverte (prononciation qui apparait dans le TLFi).

Leclerc92
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Message par Leclerc92 » mar. 18 déc. 2018, 14:11

Sur la prononciation /ɛ/ ou /e/ dans les mots tels que les, lait, poulet, cahier, et même aimais, aimai, pourrai, pourrais, il y a beaucoup à dire, mais je crois qu'on peut difficilement parler d'erreurs individuelles de prononciation (en dépit de certaines règles que nos instituteurs de jadis ont tenté de nous inculquer) ; il y a clairement des disparités régionales, comme pour la distinction brin/brun.

oliglesias
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Message par oliglesias » mar. 18 déc. 2018, 14:25

Très probablement. Bien que depuis qu'on m'a fait remarquer ma prononciation de "cahier" je me suis mis à écouter attentivement les gens... Et des gens venant de la même région que moi. Je ne crois pas qu'ils prononcent comme moi. Pour "et" pareil, ma prononciation de me semble pas être typique de ma région.

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Perkele
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Message par Perkele » mar. 18 déc. 2018, 15:34

Je me souviens avoir été surprise de lire "dégingandé" dans un roman alors qu'il me semblait entendre depuis toujours "déguingandé".

Je me souviens également d'avoir employé "isotérique" dans une dissertation de français, mot "ésotérique" que j'avais seulement entendu mais dont j'avais saisi parfaitement le sens. Cela m'a valu la remarque moqueuse, qu'aimaient bien nos professeurs, sous entendant que la culture et la confiture etc.
Il faut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

Leclerc92
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Message par Leclerc92 » mar. 18 déc. 2018, 16:12

Perkele a écrit :Je me souviens avoir été surprise de lire "dégingandé" dans un roman alors qu'il me semblait entendre depuis toujours "déguingandé".
Il est exact que la prononciation "fautive" est fort répandue et que vous étiez bien excusée.

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abgech
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Message par abgech » mer. 19 déc. 2018, 17:28

Je me souviens, enfant, d'avoir très longtemps parlé de "crocrodile".

Maintenant, avec passablement de recul, j'imagine que je ne pouvais pas concevoir un crocodile sans de gros crocs.

Leclerc92
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Message par Leclerc92 » mer. 19 déc. 2018, 17:37

Je crois avoir fait de même, enfant.

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Astragal
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Message par Astragal » mer. 19 déc. 2018, 23:14

Il y a le début des mots électrique et électricité que je prononçais ÉLICTRI.
Électricité comporte beaucoup de « i », c'est peut-être pour cette raison que je croyais entendre un « i » à la place du « e ».

Plus tard, lors de mes premiers cours d'électronique, je ne comprenais pas bien la prononciation du mot TYPON. J'entendais quelque chose comme... « p'tit pont » ! :oups:
C’est très bien. J’aurai tout manqué, même ma mort. (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac)

Leclerc92
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Message par Leclerc92 » jeu. 20 déc. 2018, 13:57

Astragal a écrit :Il y a le début des mots électrique et électricité que je prononçais ÉLICTRI.
Électricité comporte beaucoup de « i », c'est peut-être pour cette raison que je croyais entendre un « i » à la place du « e ».
Vous auriez aussi pu choisir élictricité, voire ilictricité !
En arabe dialectal maghrébin, l'électricité se disait généralement "triciti", avec un beau r roulé et trois i. L'arabe moderne a maintenant introduit le mot plus classique kahraba, dérivé de "ambre", tout comme le latin electrum.

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