Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Répondre
Avatar de l’utilisateur
podemico
Messages : 2625
Inscription : ven. 12 sept. 2025, 18:05
Localisation : Constantine

Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par podemico »

Bonsoir.
Plus d'une fois, j'ai été tenté d'user de rime dans ma prose. On dit que cest mal. Pourquoi donc ?
Ubique, discipulus. Corrigez-moi. Alt+0171 «, Alt+0187 »
Avatar de l’utilisateur
Hippocampe
Messages : 5039
Inscription : dim. 17 avr. 2011, 18:15

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par Hippocampe »

Qui dit que c'est mal ? c'est n'importe quoi, cette idée.
Car le feu s'est éteint, les oiseaux se sont tus et Ceinwen est partie.
Avatar de l’utilisateur
Leclerc92
Messages : 7844
Inscription : jeu. 29 nov. 2012, 17:06

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par Leclerc92 »

Pas de rime dans la prose ? Pourtant, certains l'osent ? Est-ce que les gens glosent ? Nous sommes peu de chose.
Avatar de l’utilisateur
podemico
Messages : 2625
Inscription : ven. 12 sept. 2025, 18:05
Localisation : Constantine

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par podemico »

:shock:
Je suppose que c'est le moment où je dois dire d'où m'est venue cette idée.
Eh bien, je ne m'en souviens pas.
J'ai lu ça quelque part, dans un livre plutôt sérieux qui parlait de Style.
Je précise qu'il ne s'agit pas ici de faire de la prose rimée comme on ferait de la poésie en prose.
Je parle de glisser de temps en temps (notamment dans des passages descriptifs ou remémoratifs) une ou deux rimes.

Exemple :
Non loin des constructions fermières, s’étendaient des rangés de figuiers de barbarie. Remparts crénelés qui en plus d’offrir leur baies sucrés à leur propriétaires, pointaient vers les regards interdits, leur épines délétères.

:?:
Ubique, discipulus. Corrigez-moi. Alt+0171 «, Alt+0187 »
Avatar de l’utilisateur
Perkele
Messages : 14856
Inscription : sam. 11 juin 2005, 18:26
Localisation : Deuxième à droite après le feu

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par Perkele »

"Tout ce qui est prose n'est point vers ; et tout ce qui n'est point vers n'est point prose. " Molière
Il faut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
Avatar de l’utilisateur
podemico
Messages : 2625
Inscription : ven. 12 sept. 2025, 18:05
Localisation : Constantine

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par podemico »

Perkele a écrit : jeu. 30 oct. 2025, 12:31 "Tout ce qui est prose n'est point vers ; et tout ce qui n'est point vers n'est point prose. " Molière
Je viens de lire (avec attention) cette citation de Molière et j'avoue ne pas comprendre.
P = (non V) et (non V) = (non P)
ceci implique que P = (non P)
ce qui est une antilogie.
:?:
Ubique, discipulus. Corrigez-moi. Alt+0171 «, Alt+0187 »
Avatar de l’utilisateur
Leclerc92
Messages : 7844
Inscription : jeu. 29 nov. 2012, 17:06

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par Leclerc92 »

Bien sûr, parce que c'est la formule sottement reprise par le Bourgeois gentilhomme, monsieur Jourdain, qui fait la leçon à Nicole, alors que son professeur de philosophie lui a enseigné :
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose.
Avatar de l’utilisateur
podemico
Messages : 2625
Inscription : ven. 12 sept. 2025, 18:05
Localisation : Constantine

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par podemico »

Leclerc92 a écrit : sam. 08 nov. 2025, 13:07 Bien sûr, parce que c'est la formule sottement reprise par le Bourgeois gentilhomme, monsieur Jourdain, qui fait la leçon à Nicole, alors que son professeur de philosophie lui a enseigné :
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose.
:mrgreen:
Merciiii !
Ubique, discipulus. Corrigez-moi. Alt+0171 «, Alt+0187 »
claude_ferrandeix
Messages : 67
Inscription : mar. 22 oct. 2019, 22:59

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par claude_ferrandeix »

Je plussoie sur l’opportunité des homophonies en prose poétique, que l’on peut étendre au genre romanesque lorsqu’il exprime une dimension poétique. Néanmoins, je préconise plutôt le terme d’homophonie ou allitération car la rime s’inscrit dans un cadre métrique, ce qui n’est pas le cas en prose, même si à la limite on peut considérer les syntagmes comme constituant de l’hétérométrie (comparablement aux fables de La Fontaine). De surcroît, la rime, en poésie, précède (en principe) un arrêt temporel qui marque la fin du vers.

J’ajouterai que l’intérêt des homophonies est justement qu’ellles se dispensent d’arrêt temporel, ce qui accroit l’effet homophonique (comparablement à une rime léonine (rime à l’hémistiche que se pratiquait au Moyen Âge). L’effet rimique, au contraire, est nettement sensible jusqu’à l’hexasyllabe, au-delà c’est plus incertain. L’intérêt des homophonies en prose est de pouvoir se réaliser entre des syntagmes très courts, voire des mots consécutifs. Un autre intérêt est d’utiliser beaucoup plus la correspondance syntaxique et sémantique (effet pseudo-synonymique), par exemple faire correspondre des participes présents, ce qui crée une “justification” de l’effet synonymique. Je vous donne un exemple que j’ai pratiqué dans ma pièce théâtrale (en écriture euphonique; coupe sans pause représentées par une barre en exposant après un mot). Le résultat peut être naturellement critiquable:

“Toujours ce paysage uniforme. Toujours ce bosquet immobile' immuable. Des fûts, des houppiers' des rochers. L’on croirait qu’ici le temps se morfond, glué dans la touffeur des frondaisons, brisé par le rempart des monts. Les fûts, les houppiers' les rochers, rien ne se modifie' rien ne varie. Solitaire en ce lieu' je me lamente. Solitaire en ce lieu, je me tourmente. Nul dans l'univers n'entend ma voix, pas une âme ici ne comprend mon désarroi. Depuis des années, je suis pareillement ce layon, je franchis cette éclaircie... toujours délaissée' toujours attristée. Pour moi, rien ne différencie le présent du passé, le passé de l'avenir. Depuis des années, je me consume ainsi que rose entombée, que rossignol encagé. L’écoulement lancinant des journées' des nuitées, lentement transit mes sens qui n’ont jamais connu de souffrance.”
Avatar de l’utilisateur
podemico
Messages : 2625
Inscription : ven. 12 sept. 2025, 18:05
Localisation : Constantine

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par podemico »

Merci à vous, Claude, pour cette généreuse et instructive réflexion. Elle fait basculer le débat du coté de l'agrément (à plus d'un sens de ce terme).
J'ai pris du plaisir à faire un peu de rime en prose (ou de la prose en rime) mais il n'est rien comparé à celui que confère votre exemple.
Je retiens donc de votre intervention, la nuance entre rime et homophonie, quelques termes techniques en rapport avec le poésie (que je devrai m'expliquer) et surtout le concept d'écriture euphonique. A ce sujet, pourriez-vous recommander des pistes à suivre ?
Dernière modification par podemico le sam. 27 juin 2026, 23:23, modifié 1 fois.
Ubique, discipulus. Corrigez-moi. Alt+0171 «, Alt+0187 »
claude_ferrandeix
Messages : 67
Inscription : mar. 22 oct. 2019, 22:59

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par claude_ferrandeix »

Merci pour votre propos. Vous pouvez lire une introduction sur l'écriture euphonique à l'adresse:

https://www.claude-fernandez.com/presen ... onique.htm

Et différents items sur le portail de l'écriture euphonique:

https://www.claude-fernandez.com/ecritu ... onique.htm

où vous trouverez du texte, des vidéos, des exercices progressifs pour savoir écrire en écriture euphonique et même l'écriture euphonique pour les NULS :-)
Avatar de l’utilisateur
podemico
Messages : 2625
Inscription : ven. 12 sept. 2025, 18:05
Localisation : Constantine

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par podemico »

Encore merci Claude !
Ubique, discipulus. Corrigez-moi. Alt+0171 «, Alt+0187 »
Avatar de l’utilisateur
Uranie
Messages : 3402
Inscription : lun. 29 avr. 2024, 12:35
Localisation : Au XVIIIe siècle
Contact :

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par Uranie »

Ici se pose un problème, une peu éloigné du sujet, je l'admets.

Relisez Baudelaire ou Rimbaud, voire les Lagarde et Michard : Des textes sont nommés "Poèmes en prose". Pourquoi ? Grave question ! :d
"Les exceptions à la règle sont la féerie de l'existence." (Marcel Proust)
"Connaître sert beaucoup pour inventer." (Mme de Staël)
claude_ferrandeix
Messages : 67
Inscription : mar. 22 oct. 2019, 22:59

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par claude_ferrandeix »

En ce qui concerne Baudelaire, les poèmes en prose conservent une résonance poétique, mais apparaissent néanmoins plus prosaïques. On y discerne, objectivement, des expressions plus communes, moins nobles se rapprochant du langage quotidien.
Avatar de l’utilisateur
Uranie
Messages : 3402
Inscription : lun. 29 avr. 2024, 12:35
Localisation : Au XVIIIe siècle
Contact :

Re: Pas de rimes en prose. Pourquoi?

Message par Uranie »

En effet ! On peut comparer le poème "La Chevelure" et le poème en prose "Un hémisphère dans une chevelure".

La chevelure

Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
* * *
Un hémisphère dans une chevelure

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.

Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.

Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.

Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur.

Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.

Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.
"Les exceptions à la règle sont la féerie de l'existence." (Marcel Proust)
"Connaître sert beaucoup pour inventer." (Mme de Staël)
Répondre