Ainsi une notation banale telle que " des Arabes impassibles et immobiles " est devenue, sous la plume des Goncourt, " d'impassibles immobilités d'Arabes ". Daudet, Paul Adam et surtout Zola ont fait de ces tours nominaux un véritable procédé de style, qui a d'ailleurs produit, à l'occasion, des effets remarquables.
Question : Cette tournure n'est-elle pas devenue (depuis 58) une figure de style répertoriée et bien nommée ?
Posée autrement, dans :
Des nuages de gris, plombant les cieux
D'un Paris aigris et insoucieux
est-ce que « nuages de gris » représente une figure de style bien définie ?
Je ne suis pas très bon pour trouver les figures de style. Des nuages de gris pour des nuages gris, ça porte peut-être un nom, mais je ne le trouve pas.
L'article de 58 dit bien que des passages de "des Arabes [....] immobiles " à " des immobilités d'Arabes " se retrouvaient chez Daudet, Paul Adam et surtout Zola. Un bon zoliste passera peut-être par ici pour nous fournir des exemples.
Des immobilités d'Arabes pour des Arabes immobiles est clairement une figure de style qui remplace l'adjectif normal "immobiles" par l'improbable substantif pluriel "immobilités".
Il n'en est pas de même pour "des nuages de gris" qui me semblent assez normaux.
Pour ce que ça vaut, voici l'avis de Gemini sur la question :
Remplacer un adjectif qualificatif par un nom abstrait (comme transformer « des Arabes immobiles » en « des immobilités d'Arabes ») relève principalement d'un procédé grammatical et stylistique appelé la nominalisation (ou l'emploi d'un substantif abstrait à la place de l'adjectif). [1] ( [2] (
Dans l'histoire littéraire (en particulier chez des auteurs comme les frères Goncourt ou Flaubert), ce déplacement consiste à transformer une qualité ou un état attribué à un être en une entité autonome et imagée. [1] (
Ce procédé se rattache à plusieurs notions selon l'effet recherché :
• La nominalisation : Le passage direct de la catégorie de l'adjectif (« immobile ») à celle du nom (« l'immobilité »).
• L'hypallage : Parfois associée à ce type de tour hardi lorsqu'il y a un décalage syntaxique ou sémantique dans l'attribution de la caractéristique au sein du groupe nominal. [1] ( [2] (
Si tu souhaites analyser d'autres tournures du même auteur ou approfondir un passage en particulier, indique-moi le texte ou la phrase que tu étudies.
ET l'avis de Copilot :
Dans votre exemple, la figure la plus probable est une hypallage substantivante ou, plus largement, une nominalisation poétique d'une qualité.
Dans « des immobilités d'Arabes », le nom abstrait immobilités remplace l'adjectif attendu (Arabes immobiles). On transforme ainsi une qualité en substance autonome. Cette opération relève avant tout de la nominalisation : un adjectif ou une propriété est exprimé par un nom abstrait.
Selon l'analyse stylistique, on peut aussi y voir :
une hypallage, parce que la qualité semble détachée de son support humain et présentée comme une réalité indépendante ;
une métonymie de la qualité pour le sujet, puisque l'on désigne les êtres par l'une de leurs caractéristiques ;
dans le langage de la critique littéraire, une forme de réification de l'abstrait ou de substantivation.
Si l'expression vient d'un texte littéraire précis (elle rappelle certaines tournures symbolistes ou orientalisantes), un commentateur dirait souvent simplement : « substantivation de l'adjectif » ou « nominalisation d'une qualité ».
Exemples analogues :
« les lenteurs du vieillard » au lieu de « le vieillard lent » ;
« les blancheurs de l'aube » au lieu de « l'aube blanche » ;
« les silences de la campagne » au lieu de « la campagne silencieuse ».
Le terme technique le plus sûr et le moins contestable pour décrire le mécanisme grammatical est donc substantivation (ou nominalisation) d'une qualité.
Et l'I.A. de Whatsapp :
C'est une énallage, et dans sa forme précise : une hypostase / abstraction - en latin de rhétorique abstractum pro concreto.On remplace l'adjectif concret par le substantif abstrait qui lui correspond :"des Arabes immobiles" -> "des immobilités d'Arabes"Grammaticalement, tu transformes l'adjectif immobile en nom abstrait immobilité.Dans les manuels de stylistique on l'appelle aussi :hypallage de l'abstrait - c'est le terme que Proust emploie pour le style de Flaubertsubstantivation / nominalisation poétiquepériphrase nominale abstraiteC'est la figure fétiche de Flaubert - "les blancheurs de l'aube" pour "l'aube blanche", "les intermittences du coeur", "la verdeur de ses yeux" - et de toute l'école orientaliste justement, qui aimait faire exotique en disant "des immobilités d'Arabes" au lieu de simplement "des Arabes immobiles".
Merci Leclerc92, c'est un peu confus tout ça, mais ça m'a aidé a me comprendre.
Je pense que ma question porte spécifiquement sur les qualificatifs-substantifs qui ne varient pas d'une catégorie à une autre.
"Gris" est qualificatif ET substantif, et est employé dans les deux structures à savoir :
De gris nuages / Des nuages de gris.
Alors que dans les exemples de Proust il est question de « blancheurs de l'aube » et de « l'aube blanche ».
Des nuages de gris, plombant les cieux
D'un Paris aigris et insoucieux
Ternissent en moi le souvenir
D'inoubliables yeux de bleu.
P.-S. J'oserais même (sous mescaline ) quelque chose comme des cœurs de froid, ou des mains de chaud.
Il y a une grosses différences entres des nuages de gris et des yeux de bleu.
La première expression passe très bien, comme passeraient des taches de gris, des zones de gris, etc.
La seconde expression ne passe pas du tout pour moi, sauf à admettre une formulation bizarroïde qu'on consent aux poètes mais qu'on refuse au citoyen lambda !
Cette histoire me rappelle le style du blasonnement où les couleurs s'emploient comme des matières (ou inversement) par un emploi singulier de la préposition « de »
Dans : « De sinople, au chevron d'argent, accompagné en chef de deux besants d'or et en pointe d'une masse d'armes du même ». De sinople signifie « un champ de (couleur du) sinople (qui est un email de couleur verte) ».
Les héraldistes me corrigeront, probablement.
Ce rapprochement fera peut-être accepter les tours cités plus haut.
En parlant des yeux on pourrait dire :
D'azur, aux pupilles sibyllines, ses yeux
Miroitent des vœux crus des seuls fous.
Ce qu'elle promet incombe aux Dieux
Mais, par Elle, je jure la croire en tout.