Perles d'inculture 4

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Jacques
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Perles d'inculture 4

Message par Jacques » ven. 14 nov. 2014, 16:32

Après 24 heures de recherches, il court toujours. Mais finalement, ce n'est pas un tigre, a déclaré la préfecture. Après une expertise menée par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage la présence d'un animal de l'espèce Tigre s'avère désormais exclue mais l'animal est bien un félin.
La traque de l'animal qui a repris vendredi à l'aube, a permis de découvrir une trace laissée par l'animal près d'une station-service.
Les autorités et des spécialistes, une fois contactés, se sont rendus sur place et ont confirmé qu'il s'agissait bien d'une trace de tigre.
Des empruntes ont été retrouvées au niveau de l'aire de Ferrieres sur l'A4.
Les habitants de Montévrain ont été appelés à faire preuve de prudence. Ils sont invités à rester prendre leur voiture pour leur déplacements, plutôt que la marche à pied.
Finalement, la préfecture a déclaré vendredi que la présence d'un animal de l'espèce Tigre s'avère désormais exclue mais il s'agit bien d'un félin.

J'espère que vous vous y retrouverez dans le méli mélo des couleurs, j'ai voulu différencier les barbarismes, pléonasmes, redondances et contradictions. J'ai relevé ces extraits sur le site Internet d'une grande station de radio sous le titre :
Le tigre recherché est en fait un félin.
C'est un peu comme si je disais « L'homme recherché est en fait un être humain ». Quant à la syntaxe, avec la phrase sur la voiture et la "marche à pied", elle est plutôt délirante.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert » ven. 14 nov. 2014, 16:46

C'est une des caractéristiques de notre époque : à force de bavarder, on finit par dire n'importe quoi et perdre, de ce fait, la plus grande part de sa crédibilité. Les médias, les politiciens et les publicitaires sont unis dans une grande bouillabaisse verbale qu'ils ont décidé de faire ingurgiter, sans vergogne, au menu peuple.
Quand bien nous pourrions estre sçavans du sçavoir d'autruy, au moins sages ne pouvons nous estre que de nostre propre sagesse.
(Montaigne - Essais, I, 24)

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Message par Islwyn » ven. 14 nov. 2014, 17:10

C'est chat...ouillant !
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Jacques
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Message par Jacques » ven. 14 nov. 2014, 17:16

J'aime bien l'image de la bouillabaisse, JAA !
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Message par André (G., R.) » ven. 14 nov. 2014, 18:49

« Rester prendre » ne peut pas être sorti d'un cerveau normalement constitué : on peut supposer que manque entre les deux verbes « chez eux ou à » (invités à rester chez eux ou à prendre leur voiture). Mais on a là, probablement, la preuve qu'un tel texte n'a pas été relu.
Par ailleurs « Ferrières » y est privé de son accent grave, et « leurs » de son S, devant « déplacements ».
Consternant, eu égard en particulier au fait que cette prose est proposée par une grande station de radio.
« Personne n'a jamais douté de l'homonymie d'heure et heurt » : celui qui conclut ainsi un échange qu'il a lancé, en parlant sans restriction du « paronyme heurt » d'« heure », MENT et MÉPRISE son interlocuteur.

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Message par André (G., R.) » ven. 14 nov. 2014, 18:59

Jacques a écrit :J'aime bien l'image de la bouillabaisse, JAA !
Jusqu'à un certain point et sous certaines conditions je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'on m'en fasse ingurgiter !
« Personne n'a jamais douté de l'homonymie d'heure et heurt » : celui qui conclut ainsi un échange qu'il a lancé, en parlant sans restriction du « paronyme heurt » d'« heure », MENT et MÉPRISE son interlocuteur.

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Message par Jacques » ven. 14 nov. 2014, 19:01

Je pense comme vous que c'est du travail bâclé, écrit à la va-vite et non relu. On m'a dit que le métier de correcteur est en voie de disparition depuis pas mal d'années. En ce qui concerne le rédacteur, l'essentiel pour lui est de faire du texte, peu importe comment.
Cependant, ici, on trouve des fautes qui ne résultent pas de l'étourderie : au niveau de pour sur l'aire, avérer pour révéler, le barbarisme contacté condamné par l'Académie et les autres spécialistes, le pléonasme marche à pied...
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Message par Jacques » lun. 24 nov. 2014, 8:27

Dont est un pronom mal compris, et son utilisation fait l'objet de mauvaises constructions. Que dire de celle-ci ? :
Dix personnes sont convoquées devant la justice, dont trois seront jugées lundi dans le cadre d'une comparution immédiate.
Je suis perplexe ; en principe, dont devrait ici, si je ne me trompe, s'appliquer à justice. À moins que nous ne soyons en présence d'une anacoluthe ? Ce qu'il y a de commode avec elle, c'est que la faute de syntaxe se transforme magiquement en figure de style. Serait-ce alors ce qu'on nomme une dislocation à gauche ?
J'aurais écrit : Dix personnes, dont trois seront jugées lundi [...], sont convoquées devant la justice.
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Message par Claude » lun. 24 nov. 2014, 9:10

La syntaxe est choquante si je remplace dont par un autre pronom relatif :
- Dix personnes sont convoquées devant la justice, qui seront jugées lundi...
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Message par Jacques » lun. 24 nov. 2014, 9:17

Je pense la même chose, car cela met en valeur l'impression que les dix seront jugées, alors que c'est seulement une partie d'entre elles.
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Message par André (G., R.) » lun. 24 nov. 2014, 9:34

Nous en parlions récemment : on constate un retour de la construction consistant à terminer la principale (Dans votre phrase : Dix personnes sont convoquées devant la justice) avant de formuler la subordonnée (, dont trois seront jugées...). Vous avez, me semble-t-il, théoriquement raison. Mais trois, qui suit immédiatement dont, ne peut que renvoyer à personnes et, de ce fait, rend la phrase acceptable de mon point de vue.

Je ne vois pas d'anacoluthe : aucune construction n'est interrompue qui ne soit menée à son terme. Dans Rentré chez lui, sa femme était malade (Larousse) l'anacoluthe est constituée, je crois, par le fait que Rentré chez lui n'est pas suivi de il découvrit que. Dans la phrase de PASCAL Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé, elle réside dans le fait que Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, n'amène pas aurait eu pour conséquence que.
Dans Dix personnes sont convoquées devant la justice, dont trois seront jugées lundi..., la principale ne comporte aucune rupture de construction d'une part, d'autre part l'élément (toute la subordonnée) qui pourrait suivre immédiatement Dix personnes est fourni. On peut simplement trouver bizarre qu'il ne soit pas fourni ailleurs dans la phrase.
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Message par Jacques » lun. 24 nov. 2014, 9:51

Pourtant la syntaxe correcte serait dix personnes, dont trois seront jugées lundi, sont convoquées... J'ai seulement émis une suspicion d'anacoluthe, donc je ne suis sûr de rien, mais il faut quand même remettre les membres de phrase en ordre pour bien saisir le sens.
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Message par André (G., R.) » lun. 24 nov. 2014, 10:18

J'en suis persuadé : la définition habituelle de l'anacoluthe, rupture de construction, n'est pas assez précise. Il s'agit d'une rupture non pas dans le sens qu'un élément de la construction serait séparé d'un autre par des éléments d'une autre construction, mais dans le sens d'une coupure avec suppression de la fin de la construction commencée.
Je ne disconviens pas que la construction la plus satisfaisante grammaticalement est Dix personnes, dont trois seront jugées lundi..., sont convoquées...
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Message par Jacques » lun. 24 nov. 2014, 10:36

Voilà bien où le bât blesse : la définition n'est pas assez précise pour que nous, béotiens, puissions en avoir une idée précise. Alors, comme d'habitude, nous flottons. Il faut bien se fonder sur quelque chose, donc vous essayez de rapporter l'anacoluthe à des critères grammaticaux, mais est-ce bien certain ?
Nous sommes réduits à des suppositions, des probabilités, et pas de certitudes absolues en vue.
Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux (Voltaire). Il paraît que l'anacoluthe est dans la suppression de celui devant qui selon Michel Poujade.
Je vais où vous allez, pour où vous allez : anacoluthe ! Je veux bien, mais je m'y perds.
Si on en croit tout le reste (trop long pour que je le rapporte ici), elle revêt des formes variées. Ce n'est pas ce qui m'encouragerait à faire de la rhétorique. Le poisson s'y noie.
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Message par Islwyn » lun. 24 nov. 2014, 10:51

Jacques a écrit :Dix personnes sont convoquées devant la justice, dont trois seront jugées lundi dans le cadre d'une comparution immédiate.
Nous avons certainement affaire à une faute de syntaxe, dont se rattachant normalement au substantif qui le précède, ici la justice. La faute passe sans doute parce que, on l'a déjà remarqué, le trois nous ramène en toute logique au dix qui figure en tête de la phrase. J'aurais probablement écrit moi-même « Dix personnes sont convoquées devant la justice ; trois d'entre elles seront jugées... », ou encore « Sur les dix personnes convoquées devant la justice, trois seront jugées... ».
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