en, complément direct antéposé

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Zeitnot
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en, complément direct antéposé

Message par Zeitnot »

«Quand le complément direct du verbe est le pronom en, le participe passé est invariable.
Des bleuets, nous en avons cueilli quand nous étions enfants !
REM. Cependant, l'accord est souvent fait dans l'usage : Des fraises, j'en ai mangées cet été !»

-Grammaire pédagogique du français d'aujourd'hui, Chartrand & al.

Voici d'autres sources, certaines sont formelles sur l'invariabilité, d'autres sont plus flexibles.

Antidote (formel) :
«Quand le complément d’objet direct (COD) du verbe est le pronom en, le participe passé reste invariable, peu importe ce que en représente.
Des carottes, ils en ont mangé.»

Office de la langue française (comme Chartrand : la règle s'impose mais on constate parfois l'accord dans la littérature.)
http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1037

http://www.cnrtl.fr/definition/en
Rem. Accord de la forme adj. du verbe. Lorsque en est compl. d'obj. d'un part. passé conjugué avec avoir et qu'il le précède, le part. passé est gén. invar. On justifie l'invariabilité en disant que ,,en est un neutre partitif signifiant « de cela, une partie de cela » et qu'il est (...) complément déterminatif du nom partie (ou quantité) sous entendu`` (Grev. 1969, § 795). L'usage toutefois est indécis et en relation avec un adv. de quantité (beaucoup, combien, tant), le part. passé peut s'accorder. Combien j'en [d'hommes] ai déjà passés! combien j'en puis encore atteindre! pourquoi mon égal irait-il plus loin que moi? (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 32). Mais, là encore, la règle est imprécise et précaire. J'en ai tant vu des rois! (Hugo, Feuilles automne, III, ds Grev. 1969, § 795). Il faut noter enfin que l'arrêté du J.O. du 9 févr. 1977 admet l'un et l'autre accord.

Le Littré
http://francois.gannaz.free.fr/Littre/x ... uete=e2148
7. En joue toujours le rôle de complément indirect, puisqu'il contient virtuellement la préposition de : voyez ces fleurs ; en avez-vous cueilli ? c'est-à-dire : avez-vous cueilli une part de ces fleurs ? En conséquence, le participe passé qui le suit reste invariable, parce que en auquel il se rapporte n'a par lui-même ni genre ni nombre. Il a lui seul fait plus d'exploits que les autres en ont lu, BOILEAU <http> , Disc. à l'Acad. Baléazar est aimé des peuples ; en possédant les coeurs, il possède plus de trésors que son père n'en avait amassé par son avarice cruelle, FÉN. <http> Tél. VIII. Idoménée a fait de grandes fautes, mais cherchez dans tous les pays les mieux policés un roi qui n'en ait pas fait d'inexcusables, FÉN. <http> ib. XI. Par son analyse, Descartes fit faire plus de progrès à la géométrie qu'elle n'en avait fait depuis la création du monde, THOMAS, Éloge de Desc. Cependant des grammairiens, prêtant à en un sens qu'il n'a pas, disent que le participe peut s'accorder ; c'est une erreur ; mais l'accord est une licence qu'on peut passer à un poëte, sans devoir pour cela faire autorité : Des pleurs, ah ! ma faiblesse en a trop répandus, VOLT. <http> Oreste, II, 2. Mais, dans ce vers de Racine : Et de ce peu de jours, si longtemps attendus, Ah ! malheureux, combien j'en ai déjà perdus ! RAC. <http> Bérén. IV, 4. il ne faudrait pas croire que c'est en qui détermine l'accord du participe ; c'est combien qui le détermine. Voy. COMBIEN, remarque 1 ; suivant la règle, on dira : combien de jours j'ai perdus, ou combien j'ai perdu de jours.

l'Académie
http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/g ... 2740728015;;
(3)EN. Pronom personnel relatif invariable. Il établit une relation de possession, de provenance, de cause avec un nom de chose qui précède, et qui équivaut à De lui, d'elle, d'eux, d'elles.

===
Bref, il semble que ce soit une faute que des écrivains sérieux choisissent de faire ! Je pense qu'on peut être flexible.
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Jacques
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Message par Jacques »

C'est une vieille querelle. Grevisse cite des accords faits par des auteurs connus. Pour ce qui me concerne, en petit amateur non qualifié, j'ai un raisonnement simple : en signifie de cela, ce que confirme l'Académie, et de ce fait correspond à un COI. Et avec le COI le PP est invariable.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

Tout à fait d'accord avec vous , Jacques. La règle est claire et logique :
- Des carottes, il en a mangé.
- Les carottes, il les a mangées.
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Jacques
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Message par Jacques »

Content de savoir que je ne suis pas seul. On ne comprend pas que des spécialistes ou des écrivains connus puissent contrevenir à une règle si logique et si évidente.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
Marc81
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Message par Marc81 »

Une interrogation, sur ce sujet qui m'intéresse.
Jacques a écrit :j'ai un raisonnement simple : en signifie de cela, ce que confirme l'Académie, et de ce fait correspond à un COI. Et avec le COI le PP est invariable.
Soit, mais quand Jacques-André-Philibert écrit : Des carottes, nous en avons mangé, il me semble que en n'est pas ici COI mais bien COD. La logique du raisonnement de Jacques (que je partage) ne s'appliquerait donc pas. Je me trompe ?

Pour moi, l'invariabilité du pp ne se justifie pas par le fait que en correspond à un COI, mais parce qu'il s'agit d'un "neutre" (équivalant à "de cela"). Mais, là encore, je peux me tromper...
Dernière modification par Marc81 le ven. 11 mai 2012, 14:31, modifié 1 fois.
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Jacques
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Message par Jacques »

En quoi le neutre n'aurait-il pas le statut de COI ? La caractéristique du COI est l'utilisation d'une préposition : de ceci, de cela, c'est toujours un COI.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

Je comprends la réaction de Marc81 ; des carottes peut être perçu de deux façons :
- soit carottes précédé de l'article partitif des, et dans ce cas des carottes est bien COD,
- soit carottes précédé de la contraction de de les désignant certaines carottes qu'on désigne, et dans ce cas des carottes est COI.
Si on me présente un plat de carottes et que je refuse (poliment, bien sûr), je réponds : « merci, j'en ai déjà mangé ».
Si, par contre, on me demande si j'ai, un jour, déjà mangé des carottes, je devrais pouvoir, en toute logique, écrire « j'en ai déjà mangées ». Mais sincèrement, ça heurte les principes orthographiques qu'on m'a inculqués dès mes années d'enfance.
Dernière modification par Jacques-André-Albert le sam. 12 mai 2012, 4:51, modifié 1 fois.
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Perkele
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Message par Perkele »

Mais dans tous les cas, la question posée après le verbe sera toujours :

- J'ai mangé de quoi ?
- Des carottes => COT
Il faut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

Perkele a écrit :Mais dans tous les cas, la question posée après le verbe sera toujours :

- J'ai mangé de quoi ?
Non, on pourrait dire (et c'est ce que je me tue à expliquer) : j'ai mangé quoi ? Réponse : [des carottes ]
Perkele a écrit :- Des carottes => COT
Cot, cot, cot... de la poule aux carottes ?
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Perkele
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Message par Perkele »

Désolée de vous tuer JAA.
Il faut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
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Jacques
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Message par Jacques »

Il me semble que ce dilemme grammatical serait réglé si nous décidions de supprimer les carottes de notre régime alimentaire. :D
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
Marc81
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Message par Marc81 »

C'est curieux, car certaines sources avancées par Zeitnot parlent bien de COD :

«Quand le complément direct du verbe est le pronom en, le participe passé est invariable.
Des bleuets, nous en avons cueilli quand nous étions enfants !
REM. Cependant, l'accord est souvent fait dans l'usage : Des fraises, j'en ai mangées cet été !»
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Antidote (formel) :
«Quand le complément d’objet direct (COD) du verbe est le pronom en, le participe passé reste invariable, peu importe ce que en représente.
Des carottes, ils en ont mangé.»

alors que Littré écrit : "En joue toujours le rôle de complément indirect, puisqu'il contient virtuellement la préposition de"...

Comme l'explique JAA, l'explication provient semble-t-il de ce que en peut représenter un complément introduit par de, un pluriel indéfini ou avoir un sens partitif...
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Marc81
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Message par Marc81 »

Voici ce que je viens de trouver chez Hanse :

"En, pronom adverbial, a un sens partitif et signifie "une partie de cela" ou "une certaine quantité de ces êtres ou de ces choses". C'est pourquoi la grammaire considère généralement qu'il n'entraîne pas l'accord du participe.
Voyez ces fleurs ; en avez-vous cueilli ? Les exemples ne manquent pas ; j'en ai cité."

Et chez Thomas :
"En, pronom adverbial, joue le rôle d'un complément d'objet indirect du nom, de l'adjectif ou du verbe, mais, dans certains cas où il exprime une idée partitive, il peut avoir la valeur d'un complément d'objet direct du verbe". Dans ce cas, le pp reste invariable car "on considère que le pronom, équivalant à de cela, de lui, d'eux, etc., n'a ni genre ni nombre."

Ce qui semble signifier que en, "équivalant à de cela", n'est pas forcément COI... et que, dans le cas où il est COD, c'est son caractère "neutre" qui justifie l'invariabilité du pp.

Exemples :
Ces carottes, en avez-vous mangé ? (en, partitif neutre COD)
Je n'apprécie guère la présentation qu'il en a faite (ici, en est clairement COI mais l'accord se fait avec présentation, COD placé avant le pp).
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Jacques
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Message par Jacques »

La position de l'Académie ne laisse pas place au doute :
En complément d'objet indirect de verbes se construisant avec la préposition de. Il en convient. Il en use et abuse. Il s'en sert. Il a trop d'objets inutiles, et il s'en débarrasse. Il a suffisamment de soucis, mais il sait en triompher. Nous serons en retard, j'en ai peur.

Et puisqu'il y a COI il ne peut y avoir accord avec un PP.
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Marc81
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Message par Marc81 »

Jacques a écrit :La position de l'Académie ne laisse pas place au doute :
En complément d'objet indirect de verbes se construisant avec la préposition de.
Mais Jacques, nous sommes tous d'accord avec cela !
Mais est-il fait mention des verbes manger, cueillir, faire, citer, etc., dans les exemples de l'Académie ? Non !
Il s'agit bien là de verbes pour lesquels, comme l'expliquent Hanse et Thomas, en partitif peut jouer le rôle de COD. Ce qui ne remet pas en cause l'invariabilité du pp, nous sommes d'accord, mais pas pour les mêmes raisons.

Et puisque vous citez l'Académie, voici ce qu'elle écrit au sujet de l'accord du participe passé :
"le participe passé dont l’objet direct est en ne varie pas : Ces bonbons, en avez-vous mangé ? Des erreurs de grammaire, qui n’en a jamais fait ?".
Cela lève-t-il le doute ?
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