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Faux néologismes

Leclerc92
Messages : 1802
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Faux néologismes

Message par Leclerc92 » lun. 01 mai 2017, 9:46

Je pestais l'autre jour, tout seul, devant la vitrine d'un tapissier voisin de chez moi. Sur chaque fauteuil exposé, chaque canapé, chaque bergère, il avait mis un écriteau "réfectionné dans notre atelier". Ce réfectionné me paraissait bien laid par rapport à un simple "refait dans notre atelier".
Mais un coup d’œil dans le TLFi m'apprend que cet affreux néologisme n'est pas si nouveau que ça :
Réfectionner, verbe trans.Faire la réfection, la réparation de quelque chose. On est amené à réfectionner d'urgence un scellement (Ambroise,Monteur mécan., 1949, p. 11). Les matelas et les traversins sont réfectionnés au moins tous les 18 mois (Lubrano-Lavadera,Législ. et admin. milit., 1954, p. 220).
et Littré, avant lui :
2. RÉFECTIONNER (ré-fèk-sio-né), vt Donner une réfection, remettre en état. "Pour l'économie réalisée sur les cartouches, les calculs les plus minutieux et les vérifications de la commission lui ont donné la preuve que la cartouche neuve ne doit coûter que 12 centimes, la cartouche réfectionnée, que 5 centimes, et qu'il faut porter à deux tiers au lieu d'un tiers les cartouches réfectionnées employées dans les exercices à feu". Le budget de la guerre, Courrier de l'Ain, 18 août 1877]
Littré rappelle même le verbe ancien et familier de "réfectionner", dans une autre acception, parente du réfectoire :
Terme du langage familier. Prendre sa réfection, manger.
"La salle à manger où l'on trouvait toujours des gens qui réfectionnaient soit au buffet, soit sur de petites tables…", [Souvenirs de la marquise de Créquy, t. VI, ch. 13]
Toujours est-il que le correcteur de texte ne connaît pas ce mot ! Mais tout laid qu'il me paraisse, mon tapissier*** peut bien l'employer s'il veut ; c'est une terme technique du métier.

***Je laisse à dessein cette magnifique anacoluthe qui vire au janotisme.

André (G., R.)
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Message par André (G., R.) » lun. 01 mai 2017, 13:47

Vous m'instruisez.
Le Robert en six volumes ignore réfectionner, mais connaît aussi une réfection apparentée à réfectoire :
Vx. Action de se refaire, de réparer ses forces.
— (Encore usité dans les communautés religieuses). Collation, repas. « Prendre sa réfection » (BOSS.) Cf. Réfectoire.

Pour ce dictionnaire, on prend une réfection, un repas, un goûter, un petit-déjeuner... C'est réconfortant. Quel dommage que nous envahissent aujourd'hui les tournures pléonastiques « manger un repas », « manger le goûter »... !

Je ne vois pas d'anacoluthe dans « Mais tout laid qu'il me paraisse, mon tapissier peut bien l'employer s'il veut ». Il suffit, pour s'en persuader, je crois, de substituer un nom féminin à l'antécédent masculin « mot » de vos pronoms « il » et « l' » :
Le correcteur de texte ne connaît pas cette conjonction ! Mais toute laide qu'elle me paraisse, mon tapissier peut bien l'employer s'il veut.
Dans votre phrase « il » est simplement ambigu, pouvant remplacer aussi bien « mot » que « tapissier », mais selon moi il ne s'agit pas de la rupture de construction caractéristique de l'anacoluthe.
« Personne n'a jamais douté de l'homonymie d'heure et heurt » : celui qui conclut ainsi un échange qu'il a lancé, en parlant sans restriction du « paronyme heurt » d'« heure », MENT et MÉPRISE son interlocuteur.

André (G., R.)
Messages : 6377
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Message par André (G., R.) » lun. 01 mai 2017, 19:02

J'espère que personne ne m'en voudra si je reviens sans ambages sur l'anacoluthe.
À mon arrivée sur FNBL, j'ai eu le sentiment que cette notion intéressait les télépapoteurs, mais gardait aussi une grande part de mystère, parce qu'on ne voyait pas parfaitement en quoi elle consistait, qu'elle revêtait des formes variées et que, de grands écrivains l'ayant utilisée, on hésitait quant à son incorrection.
Soit la phrase En arrivant chez elle, elle a vu que son mari avait étendu le linge. Elle comporte trois propositions :
1 - la subordonnée gérondive En arrivant chez elle,
2 - la principale elle a vu
3 - la subordonnée complétive COD que son mari avait étendu le linge.
La subordonnée gérondive est complément de temps du verbe principal, ainsi que le montre la question « Quand la femme a-t-elle vu ce qu'avait fait son mari ? » (Réponse : En arrivant chez elle). Par ailleurs le « sujet » du gérondif doit être le même que celui du verbe dont il dépend, généralement le verbe principal : la femme arrive chez elle, la femme voit ce qu'a fait son mari.

L'anacoluthe peut consister, pour mon exemple, dans la suppression de la proposition principale : En arrivant chez elle, son mari avait étendu le linge. Je suis certain que chacun d'entre nous a déjà lu ou entendu une formulation de ce genre. Par comparaison avec la phrase en vert, on se rend compte alors que d'un point de vue uniquement et strictement grammatical, une anacoluthe est toujours incorrecte. Pour la phrase en rouge, le grammairien pointilleux n'a plus rien à quoi « accrocher » la subordonnée gérondive et voit le mari, et non la femme, arriver « chez elle ».

Quand elle est arrivée chez elle, son mari avait étendu le linge ne comporte pas d'anacoluthe.
En riant, ma fille jouait dans le jardin n'en comporte pas non plus. Ma fille riait, ma fille jouait.
En arrivant, ma fille jouait dans le jardin est toutefois anacoluthique. Cette formulation comporte forcément une rupture par rapport à quelque chose comme En arrivant chez moi, j'ai vu que ma fille jouait dans le jardin.
Pourtant En riant, ma fille jouait dans le jardin et En arrivant, ma fille jouait dans le jardin sont de structure identique. La sémantique joue son rôle dans l'affaire.

Bon, j'enfonce peut-être des portes ouvertes, mais dans le seul but de me rendre utile... et conscient que j'ai souvent aussi besoin d'explications !
« Personne n'a jamais douté de l'homonymie d'heure et heurt » : celui qui conclut ainsi un échange qu'il a lancé, en parlant sans restriction du « paronyme heurt » d'« heure », MENT et MÉPRISE son interlocuteur.

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