Effrayant/Effroyable

Répondre
André79
Messages : 470
Inscription : mar. 31 juil. 2007, 23:04
Localisation : Poitou

Effrayant/Effroyable

Message par André79 » dim. 25 oct. 2009, 11:13

J'entendais il y a peu un animateur radio dire:

".... cet ancien premier ministre mort dans des conditions effrayantes"
Pour ma part je pense que j'aurais dit "conditions effroyables" et même je pense que j'aurais dit dans des "conditions dramatiques".

Avant de me manifester ici j'ai essayé de voir ce qu'en disaient les dictionnaires et je suis un peu resté sur ma faim tant par moment ils y voient un sens voisin de par son étymologie.

Bref , je trouve que ds "effrayant" il y a naturellement une connotation de peur et dans "effroyable" une connotation dramatique.

Un masque effrayant... Un accident effroyable... Mais je sens que plus je le tourne et le retourne plus je doute ...

Vos avis m'intéresseraient! Merci.

Avatar de l’utilisateur
Jacques
Messages : 14475
Inscription : sam. 11 juin 2005, 8:07
Localisation : Champagne (décédé le 29 mai 2015)

Message par Jacques » dim. 25 oct. 2009, 11:24

La réponse de Littré devrait vous satisfaire, car elle confirme ce que vous dites :
 EFFRAYANT, EFFROYABLE. Ces deux mots ont même origine, puisque effrayer et effroyer sont deux formes d'un même mot ; il n'y a donc de différence que dans la finale : effrayant est le participe présent d'effrayer ; effroyable est l'adjectif verbal d'effroyer. La nuance est que effrayant est strictement limité à la crainte, tandis que à effroyable se joint l'idée accessoire d'horrible.

Voyons l'Académie :
EFFRAYANT, -ANTE adj. XVIe siècle. Participe présent d'effrayer.
Qui provoque une peur violente ; qui effraie. Un spectacle effrayant. Une figure effrayante. Un songe effrayant. Par exag. Fam. Il a un travail effrayant. Il fait une chaleur effrayante !

EFFROYABLE adj. XIVe siècle, au sens de « d'une laideur repoussante ». Dérivé d'effroi.
Qui cause de l'effroi. Un spectacle, une vision effroyable. Il proférait des menaces effroyables. Un accident effroyable. Par exag. Il s'est lancé dans d'effroyables dépenses. Il faisait un temps effroyable.

En conclusion, il semble qu'il y ait une différence de degré de signification, ce qui est effrayant cause une certaine crainte (au sens figuré de l'inquiétude par son ampleur), l'effroyable provoque une terreur, une peur violente par une grande intensité dramatique.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

André79
Messages : 470
Inscription : mar. 31 juil. 2007, 23:04
Localisation : Poitou

Message par André79 » dim. 25 oct. 2009, 11:50

Oui j'avais bien lu ces définitions bien sûr et je dois forcément les accepter mais à la réflexion je crains de voir dans ces mots un sens très personnel puisque je ne le retrouve nulle part ailleurs en fait.

Dans le "Dictionnaire historique de la langue française" effroyable est considéré comme un doublet de effrayant mais plus fort.

C'est peut-être ce que je veux dire...

Oui d'accord Jacques avec votre conclusion je pense que c'est ce que je ressens, mais il aura suffi dans ma vie que le mot effroyable soit associé à quelque chose de dramatique pour que je reste figé là-dessus sans doute.

Merci en tout état de cause.

Avatar de l’utilisateur
Jacques
Messages : 14475
Inscription : sam. 11 juin 2005, 8:07
Localisation : Champagne (décédé le 29 mai 2015)

Message par Jacques » dim. 25 oct. 2009, 12:29

D'habitude, les doublets ont des différences de sens plus marquées : naviguer/nager, hôtel/hôpital, évier/aquarium, bien qu'étant jumeaux, varient à la fois dans la forme et dans la signification bien marquée. Il se trouve que ces deux-là ont gardé une apparence très proche et un sens voisin que l'on ne saisit que par une réflexion assez poussée.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

Avatar de l’utilisateur
Jacques-André-Albert
Messages : 3940
Inscription : dim. 01 févr. 2009, 8:57
Localisation : Niort

Message par Jacques-André-Albert » dim. 25 oct. 2009, 17:14

Les doublets que vous citez, Jacques, sont directement issus du latin pour l'une des deux formes, et pour l'autre altérés par des bouches gauloises ; effrayant et effroyable n'ont pas subi les mâchoires gallo-romaines et sont nés plus tardivement, d'une souche francique, semble-t-il (voir effroi et effrayer).

Avatar de l’utilisateur
Jacques
Messages : 14475
Inscription : sam. 11 juin 2005, 8:07
Localisation : Champagne (décédé le 29 mai 2015)

Message par Jacques » dim. 25 oct. 2009, 18:09

Ces doublets, probablement par le phénomène que vous citez, nous donnent chaque fois un mot savant et un mot populaire ; mais l'affaire n'est pas tout à fait simple, car dans le couple hôtel / hôpital, si le second représente le mot noble, ils viennent cependant tous deux du bas latin hospitalis « hospitalier » au sens d'accueillant.
Toutefois, le bas latin n'était pas spécifiquement un latin arrangé à la sauce gauloise, mais un langage populaire, celui des soldats, des commerçants et du petit peuple de Rome.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

Avatar de l’utilisateur
Jacques
Messages : 14475
Inscription : sam. 11 juin 2005, 8:07
Localisation : Champagne (décédé le 29 mai 2015)

Message par Jacques » lun. 26 oct. 2009, 9:41

Jacques-André-Albert a écrit :Les doublets que vous citez, Jacques, sont directement issus du latin pour l'une des deux formes, et pour l'autre altérés par des bouches gauloises.
Pardonnez-moi de revenir sur le sujet après 24 heures de délai. Je voulais me donner le temps de replonger dans mes livres de référence pour réétudier la question.
Les doublets se sont formés assez tardivement en français, et non en latin. Je prends le seul verbe navigare ; nager est apparu en français en 1080, d'abord avec le sens de voyager sur l’eau, puis a changé de signification. Je suppose que c'est le début de la Renaissance, avec son engouement pour le retour aux sources, qui a créé la formation savante naviguer à la fin du XIVe.
Le phénomène ne se limite pas aux termes d’origine latine,
– le grec kholê (bile ou humeur) a fourni colère et choléra
– l’arabe sifr a donné zéro et chiffre
– le turc diwaan a engendré douane et divan
– le slave hrvat a servi à créer croate et cravate
Dans tous les cas, c’est le français qui a forgé deux mots de phonétique et de sens distincts à partir d’un mot unique venu d’une autre langue.

Mes sources : Les mots du français de A. HAMON (Hachette) ; Dictionnaire historique de la langue française (Alain REY).

J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de la contradiction, l'objectif n'est pas d'avoir raison à tout prix, et mon seul guide est l'amour de la langue.
Mais vous avez peut-être des exemples de scission phonétique et sémantique directement en latin.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

Avatar de l’utilisateur
Madame de Sévigné
Messages : 687
Inscription : ven. 09 oct. 2009, 22:50
Localisation : Nantes

Apitoyé, pitoyable

Message par Madame de Sévigné » lun. 26 oct. 2009, 17:57

J'ai retrouvé mon livre de lecture scolaire, qui date un tantinet, et j'ai été surprise de voir, de mémoire: "La vieille femme la regarda d'un air pitoyable."
Et j'ai compris que cela voulait dire apitoyé, avec pitié. :idea:
Pouvez-vous le confirmer? :?:

Je ne peux pas retrouver la phrase exacte, car j'ai reperdu le fameux livre, :( qui était en loques et plein de poussière.

Avatar de l’utilisateur
Jacques
Messages : 14475
Inscription : sam. 11 juin 2005, 8:07
Localisation : Champagne (décédé le 29 mai 2015)

Message par Jacques » lun. 26 oct. 2009, 18:37

Ce n'est pas le sens : avoir un air pitoyable, c'est avoir un air lamentable, qui fait pitié. Voyez ce que dit l'Académie française :
Qui inspire la compassion. Être dans un état pitoyable, avoir un air pitoyable. Une aventure pitoyable. Par ext. Qui, par sa médiocrité, provoque une pitié méprisante ; qui inspire le dédain. Une excuse, une attitude pitoyable. Un acteur, un spectacle pitoyable.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

Avatar de l’utilisateur
Madame de Sévigné
Messages : 687
Inscription : ven. 09 oct. 2009, 22:50
Localisation : Nantes

Message par Madame de Sévigné » lun. 26 oct. 2009, 20:18

Alors, j'ai dù me tromper. C'était la personne qui inspirait de la pitié qui avait un air apitoyé :?: :?: :?:
Possible?

Avatar de l’utilisateur
Jacques
Messages : 14475
Inscription : sam. 11 juin 2005, 8:07
Localisation : Champagne (décédé le 29 mai 2015)

Message par Jacques » lun. 26 oct. 2009, 20:42

La personne qui inspire de la pitié a un air pitoyable, et celle qui compatit a un air apitoyé.
Vous auriez dû ouvrir un sujet distinct plutôt que de vous greffer sur un qui existe déjà mais n'a pas de rapport avec votre question. On ne peut pas déplacer une partie d'un sujet vers un autre, il n'y a donc pas moyen de scinder.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son $$$ (MONTAIGNE).

Avatar de l’utilisateur
Madame de Sévigné
Messages : 687
Inscription : ven. 09 oct. 2009, 22:50
Localisation : Nantes

Message par Madame de Sévigné » lun. 26 oct. 2009, 21:55

Désolée, vous avez raison; j'aurais dù ouvrir un autre sujet. :oops:
Je prends note.

Répondre