Les faux amis de la syntaxe française

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Claude
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Message par Claude »

Voici mon point de vue (je ne veux voir aucun sourire à la commissure de vos lèvres :lol: ) :

Un canapé (ou un fauteuil) n'est pas fait pour dormir ou se blottir, mais pour y être assis à deux, trois ou quatre selon sa largeur et la corpulence de ses occupants, de la façon décrite par Codrila. On peut accessoirement boire le thé avec l'auriculaire relevé (ce qui est impoli). Pour dormir il existe le lit. Si je m'y allonge sans l'ouvrir je suis sur le lit, mais si je l'ouvre et que je me blottis au chaud sous les couvertures (une seule pour moi suffira car je ne suis pas frileux), je suis dans le lit. Dans implique donc que tout mon corps est enveloppé.
A bon entendeur, salut ! :lol: :lol:
Ce n'est peut-être pas aussi simple que cela :oops:
codrila

Message par codrila »

Pourtant, je m'y blottis ( dans le canapé) comme dans le giron maternel. :P
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Jacques
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Message par Jacques »

Je crois que ce dans est inspiré par le fait que le canapé est muni de côtés (de bras ?), ce qui fait penser que l'on y est un peu enveloppé comme dans le fauteuil. Cela étant dit, et chacun ayant son point de vue, je me réjouis Codrila de vous accueillir parmi nous, car j'aime bien votre façon d'exprimer vos idées. Ne soyez pas un oiseau de passage, acceptez de vous installer sur le forum (ou dans ?) pour une longue période.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Claude
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Message par Claude »

jac a écrit :...je me réjouis Codrila de vous accueillir parmi nous, car j'aime bien votre façon d'exprimer vos idées. Ne soyez pas un oiseau de passage, acceptez de vous installer sur le forum (ou dans ?) pour une longue période.
Je ne saurais dire mieux que Jacques, alors je me contente de le citer :wink:
Bienvenue sur le forum ! Et n'hésitez pas à entrer dans les sujets ! :lol:
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Anne
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Re: Les faux amis de la syntaxe française

Message par Anne »

Perkele a écrit :Dans un autre fil, Klausinsky nous a proposé :

RIEN DE MOINS QUE = pas autre chose que, tout à fait. Ex. "Votre discours n'est rien de moins que de la démagogie"

Et

RIEN MOINS QUE = pas du tout, nullement. Ex. (sic Klaus) "La vierge n'est rien moins qu'une prostituée"
Je reviens sur l'expression "rien moins que", parce qu'elle semble chiffonner certains des cotélépapoteurs, et que je n'ai trouvé nulle part dans le forum d'explication rationnelle à cette étrange tournure.
Je vous propose donc la mienne, et pardon si j'enfonce des portes ouvertes :

La vierge n'est rien moins qu'une prostituée, c'est-à-dire :
La vierge est moins une prostituée que quoi que ce soit d'autre.
Prostituée, c'est ce qu'elle est le moins, c'est le mot qui la qualifie le moins bien, donc il n'y a rien en-dessous, il n'y a rien qu'elle soit moins qu'une prostituée.
Il faut comprendre "moins" comme "de manière moindre".

Je ne sais pas si cette explication est d'une quelconque utilité pour quiconque, mais elle ne fait sans doute de mal à personne.
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Marco
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Message par Marco »

Voici ce que disent les ouvrages de référence :

TLFi

5.
[…] b) Ne... rien moins que. Nullement. Ces ovules, ces germes des êtres supérieurs auxquels on assimile les « ovules primitifs », ne sont rien moins que des êtres simples (J. ROSTAND, La Vie et ses probl., 1939, p. 168).
Rem. Est parfois synon. de ne... rien de moins que. En raison de cette ambiguïté, l’Ac., LITTRÉ et de nombreux grammairiens (cf. p. ex. VINC. 1910) conseillent d’éviter ce tour: Il ne s’agit de rien moins dans les deux cas que de substituer un type général de recherches et d’hypothèses à l’empirisme (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1901, p. 383). Il ne faut rien moins que l’amour de Dieu pour que l’homme renonce à ce désespoir (MAURIAC, Journal 2, 1937, p. 113).

Académie

3. Spécialt. Associé au pronom indéfini rien, dans des tournures que l’on confond souvent, bien que leur sens s’oppose. Ne... rien moins que signifie « nullement, en aucune façon ». Il n’est rien moins que sage, il n’est pas du tout sage. Vous le croyez votre rival, mais il a d’autres vues et n’aspire à rien moins qu’à vous supplanter, il n’y aspire nullement. Sans complément. Ne... rien moins, pas du tout. Je ne désirais rien moins. Je ne pensais à rien moins, je n’y pensais en aucune façon. Au contraire, Ne... rien de moins que signifie « véritablement, bel et bien ». Il n’est rien de moins que le meilleur spécialiste de la question, il l’est sans aucun doute. Il vous trahit et n’aspire à rien de moins qu’à vous supplanter, il y aspire bel et bien, il s’y emploie. Il ne s’agit de rien de moins que de votre vie, c’est votre vie qui est en cause. Sans complément. Ne... rien de moins, pas moins que cela, rien de moindre. Je n’attendais rien de moins, c’est précisément ce à quoi je m’attendais. Rien de moins ou Rien moins s’emploient aussi, sans négation, avec une valeur ironique, dans le sens de « pas moins », pour souligner l’extravagance d’une demande, d’une prétention. Il se prend pour un héros, rien de moins ou rien moins.
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Jacques
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Message par Jacques »

J'ai toujours compris rien moins que comme équivalent de pas autre chose que. Ainsi dans votre exemple Codrila, qui me gêne beaucoup (je ne suis pas croyant mais je respecte profondément les croyances d'autrui), on devrait conclure que la personne que vous évoquez serait effectivement une prostituée : XXX n'est que, n'est rien d'autre que... Et si on veut affirmer le contraire, on dirait plutôt est tout sauf une prostituée.
C'est mon interprétation, mais faute de savoir à quoi m'en tenir, je suis le conseil de l'Académie qui recommande d'éviter ce tour en raison de son ambigüité.
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Anne
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Message par Anne »

Bon, tant pis, j'ai échoué...:(
Jacques a écrit :Ainsi dans votre exemple Codrila,...
Je m'appelle Anne, et je n'ai fait que reprendre l'exemple de Klausinski, puisque c'est celui qu'a cité Perkele.
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Jacques
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Message par Jacques »

Je n'avais pas compris que vous n'étiez pas l'auteur de la phrase, mais il n'y avait pas de reproche dans mon commentaire.
Vous n'avez pas échoué. Vous avez réveillé une vieille question, à laquelle d'ailleurs nous ne trouvons pas de véritable réponse. Même si on prend rien dans son véritable sens (quelque chose, une chose quelconque), on n'arrive pas à analyser cette étrange construction.
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Anne
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Message par Anne »

Je comprends, moi, cette construction, justement. Et j'ai essayé de vous expliquer comment je la comprenais. C'est là où j'ai échoué, puisqu'elle vous semble toujours aussi obscure.

Mais malgré l'évident manque de clarté de ma tentative d'explication, je serais rassurée de savoir qu'une personne au moins a saisi ce que je voulais dire. C'est frustrant de ne pas pouvoir surfer sur les synapses d'autrui.
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Jacques-André-Albert
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Message par Jacques-André-Albert »

Jacques a écrit :Ainsi dans votre exemple Codrila, qui me gêne beaucoup (je ne suis pas croyant mais je respecte profondément les croyances d'autrui)
En toute rigueur, il n'entre aucune notion de croyance dans l'exemple cité, puisque vierge y est écrit avec une minuscule...
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Jacques
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Message par Jacques »

Vous avez raison. J'étais pressé, et je n'y ai pas prêté attention.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Jacques
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Message par Jacques »

Anne a écrit :Je comprends, moi, cette construction, justement. Et j'ai essayé de vous expliquer comment je la comprenais. C'est là où j'ai échoué, puisqu'elle vous semble toujours aussi obscure.

Mais malgré l'évident manque de clarté de ma tentative d'explication, je serais rassurée de savoir qu'une personne au moins a saisi ce que je voulais dire. C'est frustrant de ne pas pouvoir surfer sur les synapses d'autrui.
Vous la comprenez d'une manière, et d'autres à l'inverse, et cela ne vient pas de moi. Voyez dans la citation de Marco :
Rem. Est parfois synon. de ne... rien de moins que. En raison de cette ambiguïté, l’Ac., LITTRÉ et de nombreux grammairiens (cf. p. ex. VINC. 1910) conseillent d’éviter ce tour: Il ne s’agit de rien moins dans les deux cas que de substituer un type général de recherches et d’hypothèses à l’empirisme (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1901, p. 383). Il ne faut rien moins que l’amour de Dieu pour que l’homme renonce à ce désespoir (MAURIAC, Journal 2, 1937, p. 113). [/color]
Dernière modification par Jacques le dim. 28 juin 2009, 18:14, modifié 1 fois.
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Jacques
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Message par Jacques »

Pour faire suite à ce que j'écris ci-dessus, voici un extrait du Dictionnaire de l'Académie 8e édition, confirmant que l'expression est à double sens :
Rien moins que, loc. adv., a d'ordinaire le sens négatif et signifie Tout plus que, nullement, en aucune façon. Il n'est rien moins que sage, Il n'est point sage. Cependant, suivi d'un substantif ou d'un verbe, il est quelquefois employé dans un sens positif et signifie alors Véritablement : Vous lui devez de la reconnaissance, car il n'est rien moins que votre bienfaiteur, Il est véritablement votre bienfaiteur. Vous pouvez vous dispenser de reconnaissance envers lui, car il n'est rien moins que votre bienfaiteur, Il n'est pas du tout votre bienfaiteur.
L'ambivalence n'est pas nouvelle, elle était déjà signalée dans la 4e édition (1762) :
RIEN MOINS. Expression très-usitée en François, a quelquefois deux acceptions opposées. Avec le verbe substantif, Rien moins signifie le contraire de l'adjectif qui le suit. Il n'est rien moins que sage, veut dire, Il n'est point sage. Mais avec un verbe actif, réciproque ou neutre, le sens seroit équivoque, s'il n'étoit déterminé par ce qui précède.
Si haut qu'on soit placé, on n'est jamais assis que sur son cul (MONTAIGNE).
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Anne
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Message par Anne »

Oui, de toute façon, l'expression est à double sens. Je disais juste comment il était possible de la comprendre dans le sens où elle est employée dans la phrase de Klaus.
Merci, Jacques, pour toutes ces sources.
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